Romans, Souillé
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Chapitre 40 – Le Guoshi

Traduction anglaise par congeebrain

Traduction française par Tian Wangzi

Avertissement : horreur corporelle et gore

Les portes du palais s’ouvrirent.

Une grande quantité de lumière dorée se déversa. L’intérieur du hall du Guoshi était richement ornementé, entrecoupé de poussière dorée et de légers draps jaunes qui pendaient lourdement. Le sol était couvert de tapis de paille doré, et des coussins étaient brodés de fils dorés – une richesse imposante.

Dans ce champ de lumière dorée, un homme portant des robes lâches lui faisait dos, faisant face à la fenêtre. La tête basse, il jouait du qin.

Le qin était couvert de peau, les fils étaient des brins de cheveux, et neuf yeux humains étaient incrustés dans l’instrument. Les yeux tournaient et s’agitaient à chacun de ses mouvements.

En entendant le son de l’ouverture violente de la porte, l’homme ne termina ni trop vite ni trop lentement les dernières notes, puis pressa sur les cordes pour faire tomber le silence. Il dit calmement :

« Il est tard, qu’est-ce qui vous amène ici, cher invité? »

La voix de Li Qingqian était basse à cause de la haine alors qu’il portait son épée ensanglantée, mordant chacun de ses mots : « Je suis là pour la vengeance! »

« Ah… » Le Guoshi parla de manière aussi légère que la fumée, souriant. « Dans toutes les neuf provinces, peu importe s’ils sont vivants ou s’ils sont des esprits emplis de ressentiments, ceux qui cherchent la vengeance se comptent dans les centaines. Mais ceux qui ont la capacité de s’attaquer seuls au palais pour atteindre mon hall… »

Il tourna la tête de manière nonchalante : « Il y en a vraiment peu. »

Le Guoshi du Liao portait un masque doré, ses yeux noirs glissant derrière.

Il ricana. « Quel genre de vengeance vous amène ici, Xianjun? »

« La vengeance du sang, » dit férocement Li Qingqian.

« Oh? » Le Guoshi semblait intéressé. Il se leva. « Alors, quelle honorable personne ai-je tuée? »

Li Qingqian savait que lui dire le nom d’Hong Shao était inutile, alors il serra les dents et dit : « Les demoiselles sacrifiées à la montagne… Tu sais ce que tu as fait. Tu… les a trompées! »

Le Guoshi était calme, riant abruptement. « Alors, Xianjun est venu, s’empressant avec autant de colère, seulement pour une beauté… »

Li Qingqian était fâché au point d’en trembler, les yeux rouges. « Vous avez dit que ces femmes deviendraient des prêtresses, que vous leur enseigneriez à lire la volonté des cieux, mais en fait, vous vouliez les enterrer vivantes sur la montagne des Plumes du Phénix en sacrifice au dieu de la montagne! Oui ou non?! »

« Non, » répondit le Guoshi.

« …! »

Li Qingqian était habituellement un homme raisonnable. En entendant le flagrant déni, il réprima son immense haine. Les yeux écarquillés et la poitrine se soulevant lourdement, il le dévisagea.

Le Guoshi soupira : « La déduction de Xianjun, en réalité, n’est qu’à moitié juste. Vous m’accusez à tort. »

« Je… Je… » Par les apparences, Li Qingqian voulait demander : « Comment puis-je vous accuser à tort? », mais il était trop bouleversé. De plus, les mots du Guoshi étaient trop inattendus, lui laissant une pause; il ne savait pas comment le questionner davantage.

« C’est vrai que j’ai rassemblé ces filles, » dit le Guoshi, « mais dire que je les ai enterrées vivantes en sacrifice au dieu de la montagne est ridiculement incorrect. Petit Xianjun, je vais vous demander, quel dieu la montagne des Plumes du Phénix a-t-elle? »

« … »

« Les cinq montagnes démoniaques ne pouvent probablement pas recevoir le sacrifice de femmes vierges vivantes. Et quel rang a la montagne des Plumes du Phénix? »

« Mais… mais… »

« Elle n’a pas d’affinité spirituelle. Au mieux, c’est un blocage dans le feng shui. Vous avez entendu les rumeurs dans la rue, et vous avez immédiatement assumé que je voulais des sacrifices humains, donc que j’aurais sans aucun but poussé ces centaines de femmes dans des fosses pour les laisser périr. »

Le Guoshi fit une pause avant de continuer : « Comment aurais-je pu m’ennuyer à ce point? »

Li Qingqian ne voulait pas croire son adversaire, mais chaque mot qu’il disait était raisonnable. Il ne manipulait pas la logique et il ne cachait pas la vérité, le laissant complètement perdu.

Ce genre de regard vide lui donnait l’air extrêmement épuisé et incroyablement pitoyable. C’était comme si les cieux voulaient aussi lui prendre le feu de sa vengeance, le retirant de sa poitrine pour ne laisser qu’un squelette froid et vide.

Les yeux attentionnés du Guoshi l’observaient, le regardant baisser la tête, hésiter, sa détermination le quittant.

Après un long moment, le Guoshi leva des doigts élancés vers le masque, éclatant soudainement en légers gloussements.

Li Qingqian leva immédiatement la tête, son visage blanc comme un drap, pour regarder les étranges actions de cet homme.

Devant ses yeux vides, le Guoshi ressemblait à un homme qui taquine et joue avec de petits oiseaux, riant de plus en plus fort. Chaque éclat de rire semblait faire monter une marée d’eau froide, causant les cheveux de Li Qingqian à se dresser sur sa nuque. « Hahaha…hahaha… »

« De quoi riez-vous?! »

« Pff, je ris parce que vous êtes amusant, vous êtes sérieusement trop amusant… L’épée qui sépare les eaux, Li-zongshi, cela fait longtemps que je souhaite notre rencontre. Vous et votre grande réputation pour réprimer le mal – alors ce zongshi expérimenté n’est rien de plus qu’une chose naïve et innocente comme vous? »

Li Qingqian était étonné. « Vous saviez qui j’étais depuis le début… »

« Avec tous les claquements d’épées à l’extérieur, il aurait fallu être sourd pour ne pas comprendre, non? »

Li Qingqian était sous le choc : « Alors, ce que tu as dit, c’était un mensonge? »

Le Guoshi se rassit sur le banc du qin, une main sur l’instrument, l’autre sur son genou. Ses yeux étaient sereins et brillants, et il souriait doucement. « Hein? Pourquoi vous mentirais-je? Tout ce que j’ai dit est la vérité.

Je n’ai jamais sacrifié des centaines de femmes au dieu de la montagne, mais c’est moi qui les ai enterrées. Pas pour les offrir en échange de la prospérité de la nation, seulement pour… » il fit une pause, ricanant encore, « seulement pour rigoler. »

Li Qingqian était stupéfait : « Tu…! »

« Tu sais pourquoi je voulais choisir ces femmes? » Le Guoshi passa nonchalamment sa main sur les cordes, créant un flot intermittent de notes sans but. Il baissa les yeux et rit. « Pour être honnête, elles ne peuvent pas blâmer grand-chose à part le fait qu’elles ressemblaient à une pétasse en particulier. »

Il inspira. « Cette pétasse m’a vraiment fait la détester. » Ses pupilles noires brillèrent. « Je n’étais pas content. »

« Espèce… de fou… »

« C’est vrai, je suis fou. » Le Guoshi gloussait. « Mais si je vous disais qu’en vérité, je suis fou d’amour, pourriez-vous le croire? »

« Tu… »

« N’êtes-vous pas curieux de savoir à qui ressemblaient ces femmes? »

Li Qingqian ne répondit pas, mais le Guoshi ne s’en préoccupa pas, lui parlant pensivement. « Elles… elles ressemblaient toutes à une prêtresse que je gardais… une faible esclave. Je l’ai traitée généreusement, mais elle ne m’a pas montré le bon respect filial, choisissant plutôt de me quitter pour aider quelqu’un d’autre. Elle a fait un acte grave et a agi contre mes souhaits pour s’échapper sans laisser de traces. 

J’ai toujours cherché à la retrouver, mais sans succès. Des années plus tard, j’ai entendu dire qu’à Chonghua, une beauté incomparable s’était mariée. C’était elle. »

Le Guoshi parlait sans précaution en racontant sa rancœur. « Tss, très touchant. Tout le monde disait que cette fille, avec sa jeunesse et sa beauté, devait être folle pour épouser ce genre d’homme dur et froid. Elle avait clairement une apparence si magnifique, avec la couleur de pétales de lotus, mais elle s’accrochait à cet homme si insensible, têtu et glacial. Vraiment, elle aurait pu se trouver bien mieux. »

Sous sa main, les cordes raffinées à partir de cheveux humains créaient un son à glacer le sang.

Le Guoshi sourit. « Je le croyais aussi. » Il pointa sa tête. « Cet endroit devait être défectueux si elle épousait cet homme.

Tu vois, elle était vilaine, refusant d’être une bonne prêtresse Guoshi, devenant de manière déraisonnable la pauvre vieille femme de quelqu’un, ah, ça m’a tellement fâché. » Alors que le Guoshi parlait, il souriait toujours, comme s’il parlait de choses sans conséquence. « Mais que pouvais-je faire? J’étais si loin, si haut placé, ce n’est pas comme si je pouvais aller enlever une épouse. Alors… »

Il montra les dents de manière animale, montrant une terrifiante double rangée de dents. « J’ai pensé à une excellente idée. Pour disperser mon propre mécontentement. »

Il regarda le visage blanc comme un drap de Li Qingqian et éclata de rire. « J’allais me marier, moi aussi, » dit-il d’un air frivole.

« N’était-elle pas une beauté incomparable et rare capable de séduire les hommes? Alors, j’insisterai pour en épouser des centaines, des milliers de filles qui lui ressemblent. Cette pétasse voulait augmenter son statut, alors j’insisterai pour la piétiner dans la boue, quelle « beauté dévastatrice »… Hahahaha, ne puis-je pas en avoir autant que je veux? Qu’y a-t-il de spécial à l’épouser? »

« …! »

Cette fois, ce n’était pas juste Li Qingqian. Même Mo Xi pensait que cet homme devait être malade pour être fou à ce point.

« Regarde-moi, des centaines de prêtresses rassemblées ensemble, toutes lui ressemblant. Qu’est-elle pour moi? » Le Guoshi parla avec enthousiasme, la lumière brillant dans ses yeux. « Si je veux prendre une épouse, je peux l’habiller avec une couronne d’or et des vêtements de phénix. Je peux toutes les faire s’agenouiller devant moi, une par une… »

Le visage de Li Qingqian semblait être coulé dans le métal, mais il changea soudainement. « Hong Shao ne se serait pas agenouillée devant toi! » déclara-t-il abruptement.

Il ne s’attendait pas à ce que le Guoshi, sans le nier, lui lance un regard et éclate de rire. « Oui, il y en avait qui ne s’agenouillaient pas. »

« … »

Il lécha ses canines blanches et aiguisées, plissant les yeux dans un sourire mielleux : « Mais, pour toutes celles qui osaient résister, me refusant corps et âme, ces pétasses… » il ricana, « une fois mortes, elles étaient toutes obéissantes. »

« Toi! Tu es vraiment…! » Li Qingqian était à la fois enragé et désespéré, tremblant de la tête aux pieds. Il n’avait jamais injurié quelqu’un avant en ressentant une telle haine, alors il ne savait pas quels mots il pouvait lui cracher. Son visage était enflé et rouge, et ses lèvres tremblaient légèrement. « Tu… »

Le Guoshi riait simplement, ses yeux brillant avec avarice et violence. « Ne voulaient-elles pas être arrogantes, inflexibles? C’est simple, je les enterrerai toutes dans la montagne des Plumes du Phénix et je laisserai le feng shui bloqué les raffiner en spectres vengeurs! »

« Arrête de parler… »

« Il y a des tas de choses désagréables dans ce monde, et c’est impossible que tout le monde fasse comme je le veux. Même si je ne peux pas réaliser mes propres souhaits, je peux rappeler au monde qu’il vit et qu’il meurt selon mes volontés! »

« Tu dois être fou… tu es fou!! »

Li Qingqian ne pouvait plus le supporter. Il tira son épée avec un claquement, une lumière bleu jade brillant, et frappa en direction de la tête du Guoshi!

Mo Xi avait observé d’innombrables combats, et à ce moment, il pouvait dire que cette manœuvre était le produit de toute la vie de perfectionnement de Li Qingqian. Elle faisait vraiment pleurer le ciel, elle balayait la neige et brisait la pierre – c’était un coup que pas plus de trois épéistes au monde ne pourraient affronter.

Mais le Guoshi ne changea même pas sa posture, restant assis droit, simplement utilisant ses doigts pour pincer les cordes du qin – ce qin à peau humaine claqua fortement, éclipsant l’éclat de l’épée de la séparation des eaux. Quelques moments plus tard, elle éclata dans les quatre directions, s’éteignant.

« Comment… » Li Qiangqian était figé de stupeur. Pas même Mo Xi n’aurait pu imaginer que ce coup pouvait être brisé aussi facilement – ce Guoshi avait dispersé l’éclat de l’épée. Il se leva et pointa deux doigts, son ombre monstrueuse.

Quand Li Qingqian put réagir, son épée avait déjà été saisie par le Guoshi, pincée entre deux doigts.

Avec un mince effort, il la brisa en des milliers de morceaux!!

« Tu… » Li Qingqian recula d’un pas, secouant la tête avec horreur. « Comment peux-tu… »

Le Guoshi éclata de rire : « Comment ai-je pu briser ton attaque aussi facilement? »

« … »

Les yeux derrière le masque doré brillèrent sereinement alors qu’il jetait sans précaution la poignée de l’épée. S’approchant lentement de Li Qingqian, il étira la main pour la presser sur la poutre derrière lui. Il s’approcha davantage comme un guépard affamé, leurs yeux fixés l’un sur l’autre.

« L’épée de la séparation des eaux. » La voix du Guoshi était basse et sirupeuse. « Pourquoi ne la connaitrais-je pas? »

Les derniers vestiges de sang dans le visage de Li Qingqian s’évanouirent. Il n’avait nulle part où aller, pressé contre la poutre dans un bruit sourd. Ses pupilles se contractèrent rapidement alors qu’il plongeait son regard dans les yeux derrière le masque doré.

Il fut soudainement sous le choc.

—Étaient-ce… étaient-ce ces yeux qu’il connaissait?

Ces yeux qui l’avaient sauvé avec son frère des flammes et de la fumée, ces yeux qui avaient l’air immergés dans la pluie brumeuse de Jiangnan?

Il avait peur de s’en assurer, et il ne pouvait pas en être sûr. Il se sentait glacé, chaque goutte de sang et chaque centimètre de sa chair se gelant… Son épée qui sépare les eaux avait été développée à partir du manuel de ce perfectionneur habillé de vert; à part lui, quel autre pouvait si facilement percer sa technique?

Mais ce fou devant lui, ce Guoshi grotesque et sombre, comment pouvait-il être son sauveur de l’époque?

Comment–comment pouvait-il l’être?! Leur seul point similaire était le masque doré…

Il y avait des tas de perfectionneurs qui portaient des masques, ne laissant à personne la possibilité de voir leur vrai visage. Comment ce fou pouvait-il être son bienfaiteur?!

Comment pouvait-il l’être?!!!

Il avait déjà perdu Hong Shao, il avait perdu son avenir.

Maintenant, les cieux étaient sans merci, détruisant même son passé?!

« Non… ce n’est pas possible… tu n’es pas… » Li Qingqian tremblait en parlant.

Le regard du Guoshi était comme un couteau, glissant le long de sa tempe. Petit à petit, il écorchait la peau et la chair, découvrait l’os, aussi facilement que s’il voyait à travers son cœur tremblant.

« Hé hé, même si cette épée à la séparation des eaux n’est pas parfaite, je l’ai vraiment aimé dans ma jeunesse. » Le Guoshi ricana doucement. « Écoute, cinq années d’un tranchant entraînent l’automne, dix années d’un tranchant renversent la fortune… Juste ces deux lignes de la formule de l’épée, on peut voir que l’auteur est un jeune frivole. »

Li Qingqian secoua lentement la tête. « Non! » cria-t-il soudainement. « Tu ne peux pas être lui! Tu n’es certainement pas lui!! »

Le Guoshi ne répondit pas, baissant seulement les cils, riant froidement en montrant ses dents. « Li Qingqian, puisque tu t’es perfectionné avec ce manuel de technique à l’épée, tu peux être considéré à moitié comme étant mon disciple. Bon disciple, ce professeur sait que tu le détestes, mais je n’ai pas fini de jouer dans cette vie, je ne peux pas mourir si facilement. Je peux seulement te tuer en premier. »

Le visage de Li Qingqian prit une teinte morbide.

Le Guoshi rit, la voix basse. « Ah, je voulais au départ utilisé les fantômes vengeurs de la montagne des Lamentations des Vierges pour raffiner des épées. Mais ce plan a été ruiné par tes mauvaises manières. C’est bien que tu te sois jeté dans les mailles du filet en venant ici pour que je puisse jouer avec toi. Ne t’inquiète pas, lorsque tu seras mort, Shifu te raffinera certainement en une épée divine. Sois gentil et ne me cause pas de problèmes. »

Li Qingqian n’avait pas peur de la mort – il avait peur de cette personne… Était-ce possible que ce soit son sauveur, celui qu’il admirait, le perfectionneur habillé en vert?

« L’épée de la séparation des eaux t’appartient… tu me l’as passée… l’homme à l’époque… c’était… » Sa voix se brisa.

Le Guoshi ne répondit pas directement, riant à la place : « Pour être honnête, je ne voulais la passer à personne. Mais… peu importe, il est inutile de discuter maintenant qu’on en est arrivé là. »

Il arrêta de parler et se releva, lui lançant un regard rempli de lumière froide. « Viens, viens, je vais te laisser faire un peu l’expérience de la véritable épée de la séparation des eaux! Shi. Fu. Te. L’enseignera! »

Mo Xi : « !! »

Le son ne s’était pas encore atténué qu’une lumière bleu jade emplit son champ de vision, aussi rapide que l’ombre d’une oie volante et aussi impitoyable que la foudre qui déchire les cieux – en un instant, du sang chaud fut versé.

La vision tremblait violemment. Mo Xi regarda Li Qingqian s’effondrer dans une mare de sang. Il regarda le Guoshi lui ouvrir la poitrine avec son épée, utilisant ses mains nues pour en extraire le cœur encore battant, le foie, les intestins et les poumons. Le masque doré était aspergé de sang, et le Guoshi commença à rire d’un air dément, le son tourbillonnant et refusant de se dissiper.

Dans ce champ d’écarlate, le Guoshi lécha le sang sur ses lèvres, riant doucement : « Li Qingqian, la fille que tu aimais n’aurait pas dû, mais alors vraiment pas, lui ressembler. Tu n’aurais pas dû, mais alors vraiment pas, apprendre cette formule à l’épée. »

Il contempla le corps de Li Qingqian. « C’est ta faute pour avoir été ignorant, » dit-il doucement. « Ne me blâme pas pour vos morts. »

La dernière scène était celle où le Guoshi se levait et utilisait sa main ensanglantée pour traîner Li Qingqian par le cou, sortant du hall du Guoshi doré, s’avançant dans la nuit étoilée.

Une trace de sang frais tachait les briques dorées alors que le corps de Li Qingqian était lentement traîné au loin. En disparaissant derrière un coin du hall, le rire sans contraintes du Guoshi retentit soudainement comme un tambour, à la fois de satisfaction et de folie, soupirant…

« Cinq années d’un tranchant entraînent l’automne, dix années d’un tranchant renversent la fortune. La force de cette épée peut séparer les eaux… »

Il fit une pause, et alors qu’il criait de joie tout en laissant libre court à sa douleur, il brisa la nuit tranquille : « Le temps d’une vie… ne peut couper mon amour! »

Le chant dément emplit la vision comme un tourbillon, et tout commença à s’estomper. Soudainement, Mo Xi plongea dans un profond et sombre abysse.

Alors qu’il ouvrait de nouveau les yeux, la première chose qu’il vit dans son champ de vision fut le ciel nocturne clair, resplendissant d’étoiles. Des branches s’étiraient vers le ciel, et des feuilles séchées tremblaient au bout des branches.

La vision était terminée. Il était de retour dans la cour de Murong Chuyi.

Mo Xi reposait sur le sol, les oreilles encore pleines d’échos : « La force de cette épée peut séparer les eaux, le temps d’une vie ne peut couper mon amour », et les scènes de sa vision repassaient encore devant ses yeux. De l’entraînement à l’épée devant leur pauvre cabane à la scène finale ponctuée de taches de sang dans le hall du Guoshi.

Il observa la nuit étoilée, sa pomme d’Adam s’agitant. Il n’était pas sûr de ce qu’il devait ressentir. Après un moment, son cœur donna naissance à une idée…

Il se dit : « Et si, dès le début, Hong Shao n’était pas tombée malade? »

Et si son destin avait été bon et que son corps était resté en santé? Seraient-ils restés ensemble pour toujours? Une épée démoniaque de moins sur terre, une paire d’amants de plus, le petit tambour serait devenu une vieille dame, faisant toujours constamment du bruit autour de Li Qingqian. 

Ce genre de possibilité pouvait-elle exister?

Mo Xi n’en était pas sûr. Quand il était plus jeune, il était très ignorant de l’amour, croyant que, tant qu’ils essayaient fort, des amants pouvaient devenir une famille.

Mais plus tard, il avait appris que ce n’était pas le cas.

En fin de compte, dans ce monde, il y avait quelque chose appelé la « destinée ».

Lorsque l’amour est profond, mais que le destin est faible, la destinée mène à la pauvreté, à la misère, à la maladie… et ainsi de suite, devenant un poids auquel on ne s’attend et on ne s’imagine pas, s’empilant pour peser sur les mains entremêlées.

Certaines personnes ne pouvaient plus tolérer la douleur et retiraient leur main.

Et ceux qui se sentaient blessés, mais n’étaient pas satisfaits, sentaient la douleur, mais refusaient d’abandonner, ils finissaient sans doute comme Li Qingqian, écrasés en une purée sanglante, les os et les tendons à découvert, un squelette brisé et déchiré de ses veines et de son sang.

Il était resté fort jusqu’à la fin, mais il avait tout de même été brisé.

Seulement pour recevoir une fin au-delà de la reconnaissance.

Mo Xi se leva; l’effet ne s’était pas encore estompé sur les autres, ils dormaient encore. Ses yeux glissèrent sur leur silhouette. Au final, son regard s’arrêta sur Gu Mang – Gu Mang, qui était encore inconscient.

Mo Xi eut l’impression que son cœur était douloureusement coincé. Spontanément, il se dit que Gu Mang et lui étaient similaires – séparés par le chiasme béant des classes, sous la haine oppressante de la famille et du pays. Gu Mang n’avait pas pu tolérer la douleur, alors il l’avait quitté.

Au final, c’est Mo Xi qui avait été laissé derrière.

Mais peut-être que leur situation ne pouvait même pas être comparée à celle d’Hong Shao et Li Qingqian. Peut-être que dès le début, ils ne s’étaient jamais tenu la main, et qu’il ne faisait que s’imaginer que son amour était réciproque, espérant attraper les doigts de Gu Mang, le suppliant avec force et ne le laissant pas partir.

Dans les « je t’aime » que Gu Mang lui avait dit avec les années, il ignorait combien avaient été sincères.

Mo Xi ferma les yeux, mettant ses mains sur sa tête qui l’élançait, se laissant se retirer des restants de la vision et de son propre cœur brisé.

Yue Chenqing n’avait jamais vécu la souffrance ni senti l’abandon de l’amour, alors même s’il avait pitié de Li Qingqian, il n’était pas autant touché. Il était seulement dégoûté à la fin, et dès qu’il se redressa d’un air pitoyable, il eut la nausée. « Blerg… bleghhhh…

Le Guoshi du Liao… Ce doit être un fou!! » Yue Chenqing vomit plusieurs fois et chercha son air. « Si déraisonnable, » dit-il faiblement. « Pourquoi recueille-t-il les organes des gens… A-t-il été élevé par des loups sauvages?! »

Les deux Murong semblaient plutôt impassibles; Murong Chuyi n’avait pas d’expression particulière, fermant les yeux pour se reposer, alors que Murong Lian penchait faiblement la tête sur la fausse montagne de pierre[1] et dit : « Les esprits de l’épée, tu sais que plus leur mort a été violente, et plus ils sont puissants. Il y a déjà eu un maître artificier qui aimait envelopper les gens d’adhésif, peler leur peau, les tremper dans de l’eau sucrée, et les jeter dans une ruche… »

Yue Chenqing agita les mains pour lui faire signe d’arrêter, avant de se tenir le ventre alors qu’il recommençait à avoir la nausée. « Hleghhh… »

Murong Lian trouvait que les vomissements de Yue Chenqing étaient dégoûtants, alors il arrêta de parler. S’aidant d’une main sur la fausse montagne de pierre, il fit tourner ses jointures avant de se moquer : « Mais au moins, maintenant, je le sais. L’épée de la séparation de Li Qingqian n’est pas de son propre cru, il a seulement saisi le manuel que lui a donné le Guoshi du Liao. »

Mais Murong Chuyi prit la parole : « Ce n’est pas les mêmes. »

« Comment? »

« L’épée qui sépare les eaux était le nouveau style de Li Qingqian, la voie de l’épée de ‘la lame bienveillante sépare les eaux, la lame juste décapite l’inquiétude, pauvre, mais capable d’aider le monde, des centaines de difficultés, mais sans jamais renoncer’ alors que cet homme du Liao, le centre de sa voie était ‘La force de cette épée peut séparer les eaux, le temps d’une vie ne peut couper mon amour.’ Une est basée sur la droiture, l’autre sur la passion. C’est des voies complètement différentes. »

Murong Lian le regarda un moment. Insatisfait, il l’injuria : « Ignorant immortel, Ignorant immortel, on t’appelle « l’ignorant », mais en fait, tu es fou. »

Yue Chenqing était vraiment protecteur envers son oncle. Son dégoût qui le rendait malade n’était pas encore passé, mais dès qu’il entendit Wangshu-jun parler ainsi de Murong Chuyi, il ne put s’empêcher de répliquer avec colère : « Vous n’avez pas le droit d’injurier mon quatrième oncle! »

Murong Lian lui lança un regard désapprobateur : « Pourquoi je ne peux pas l’injurier? Dans tout Chonghua, à part Sa Majesté, il y a des gens que moi, Murong Lian, je ne peux pas injurier? »

« Murong-dage, vous, vous, vous, vous êtes déraisonnable! Je vais le dire à Sa Majesté! »

« Petit baobei, » répliqua Murong Lian sans douceur dans la voix, « pourquoi ne vas-tu pas le dire à ta mère? »

Yue Chenqin blêmit, furieux au point de trembler de tout son corps. Alors qu’il voulait rétorquer, il vit un éclair de vêtements blancs, et entendit soudainement un claquement clair – Murong Chuyi avait en effet donné une solide claque à Murong Lian!

Sur le coup, tout le monde fut stupéfait, et Murong Lian fut incapable de réagir à cause de la force du coup, couvrant sa joue. « Tu… tu as osé me… » dit-il, à la fois fâché et choqué.

Les longues manches de Murong Chuyi flottèrent, le ruban de soie large, et ses sourcils similaires à des épées soulignaient un regard froid et tranchant : « Qu’est-ce que je n’ose pas faire. »

Murong Lian était sur le point d’exploser, ses yeux en pétales de pêcher rouges de colère : « Espèce de bâtard! Ce seigneur est… »

Murong Chuyi le réprima encore : « Pour qui tu te prends? »

Murong Lian n’avait jamais été aussi humilié par quelqu’un de sa propre génération. Il était si enragé qu’il pouvait voir des étoiles, la main tremblante en tenant sa pipe. « Toi… tu as l’audace… Je vais reporter cela à Sa Majesté. Tu… tu as offensé tes supérieurs… »

Murong Chuyi plissa légèrement ses yeux de phénix, ses lèvres pâles s’ouvrant et se refermant. Il répéta froidement la phrase précédente de Murong Lian.

« Pourquoi le dire à Sa Majesté? Pourquoi ne vas-tu pas le dire à ta mère? »

À ce moment, le visage de Murong Lian passa instantanément au rouge! Avec la veine qui pulsait sur son cou, il s’élança pour se battre contre Murong Chuyi!

Ce dernier se pencha sur le côté pour l’éviter, et d’une vague de ses manches, il lança : « Faites-le débarrasser les lieux. »

Yue Chenqing n’avait pas pensé que son quatrième oncle lui donnerait un ordre. Les yeux écarquillés par la surprise, il hocha la tête sans y réfléchir : « O-oh, d’accord… »

Qui aurait pu savoir qu’alors, Murong Chuyi enchaînerait : « Je te parlais pas. »

« Ehh? »

Puis, il entendit le claquement des armures de bois, les guerriers en bambou qui entouraient Gu Mang à l’origine tournèrent soudainement leurs membres, se dirigeant tous vers Murong Lian.

Murong Chuyi, d’une vague de la main, se tint derrière le paquet d’armures de bois, regardant froidement Murong Lian.

« Escortez notre invité à l’extérieur. »

Wangshu-jun avait un rang si élevé. Où n’était-il pas constamment flatté, constamment respecté? Mais cette fois, Murong Chuyi avait donné l’ordre à un ensemble de personnages de bois de l’escorter hors de sa cour, et selon la situation, si Murong Lian ne partait pas, ils le frapperaient et le transporteraient à l’extérieur par la force. Murong Lian était furieux, tremblant de rage, et pointa d’un air enragé vers Murong Chuyi. « Tu… tu oses! »

Les vêtements de Murong Chuyi ressemblaient à de la neige. « Jetez-le dehors, » dit-il, en colère.

Les guerriers de bambou claquèrent, et comme on leur avait ordonné, ils s’assemblèrent et poussèrent pour jeter Murong Lian dehors.

Après s’être débarrassé de lui, Murong Chuyi se retourna, indifférent. Il s’assied à la table de pierre dans la cour comme si rien ne s’était produit. « Xihe-jun, assisez-vous, » dit-il à Mo Xi.

Mo Xi : « … »

L’Ignorant immortel était vraiment fou.

Yue Chenqing était habitué au tempérament de son oncle. « Quatrième oncle, puis-je m’asseoir aussi? » demanda-t-il, espérant sincèrement.

Murong Chuyi ne lui lança même pas un regard : « Reste debout. »

« …Oh… » répondit Yue Chenqing, déçu.

Murong Chuyi leva les doigts, et deux guerriers de bambou s’approchèrent rapidement, provenant de derrière une colonnade, tenant un ensemble de thé qu’ils posèrent sur la table.

Avec les deux tasses de thé versées et placées, Murong Chuyi dit doucement : « Il est temps de parler affaires. Maintenant que le passer de Li Qingqian est clair, Xihe-jun, que pensez-vous de cette épée démoniaque évadée. »

Mo Xi regardait encore Gu Mang, et il ne tourna son regard que maintenant. « Il ne quittera probablement pas Chonghua, » dit-il. « Il cherchera cette beauté incomparable que le Guoshi a mentionnée. »

« Mais, » les interrompit Yue Chenqing, « cet esprit de l’épée était si étrange. Ce Li Qingqian qu’on vient de voir avec un bon tempérament, comment est-il maintenant… »

« Li Qingqian est un démon de l’épée, pas un esprit de l’épée, » répondit Mo Xi. « Il est mort de façon violente et a été raffiné en l’épée Hong Shao. Au départ, il pouvait garder certaines de ses pensées. Mais Hong Shao est restée trop longtemps auprès du Guoshi, probablement entachée d’une grande quantité de ressentiment et de sang frais. Sous ses conditions, ses manières et son tempérament se rapprocheraient davantage de son propriétaire tous les jours. »

Yue Chenqing était surpris : « Alors, le Li Qingqian qu’on a rencontré, son tempérament avait déjà commencé à ressembler à celui du Guoshi? »

« Hm, » répondit Murong Chuyi.

Yue Chenqing réfléchit un moment. « Alors, c’est comme ça… Donc, l’épée Hong Shao a probablement été donnée à quelqu’un par le Guoshi? Si elle appartenait au Guoshi, elle ne serait pas tombée aux mains de Murong Lian. »

Mo Xi secoua la tête. « Le propriétaire de l’épée Hong Shao n’importe plus. L’important, c’est ce qu’on doit faire ensuite. »

« C’est exact, » dit Murong Chuyi. « Lorsque Li Qingqian s’est transfiguré, chacun de ses mouvements ressemble fortement à ceux de ce Guoshi. On peut assumer que, à cause de la profondeur de son obsession et de sa folie, on ne peut pas utiliser les comportements rationnels pour prédire ses mouvements. Cependant, son obsession n’est pas difficile à imaginer, il veut juste trouver cette ‘beauté incomparable’ que le Guoshi a mentionnée. »

Mo Xi était d’accord avec l’évaluation de Murong Chuyi.

En y repensant, Li Qingqian avait kidnappé ces femmes pas pour les tuer immédiatement, mais pour qu’elles puissent lui dire où se trouvaient d’autres femmes similaires. Puis, selon les informations qu’elles lui donnaient, il les prenait une à une pour les humilier et les tuer. Li Qingqian croyait probablement que sans cette femme qui s’était mariée et avait causé du ressentiment chez le Guoshi, Hong Shao ne serait pas morte.

Li Qingqian était devenu fou, il s’était changé en monstre.

Mo Xi y réfléchit, puis se retourna. « Yue Chenqing, » demanda-t-il, « il y a environ dix ans, sais-tu quelle était la plus belle demoiselle de Chonghua? »


L’auteure a quelque chose à dire :

Gu Mangmang et le gros chien : [remercient les lecteurs de jjwxc]


[1] Un élément de décoration commun dans les cours

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