Romans, Souillé
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Chapitre 78 – Poussée de passion

Traduction anglaise par congeebrain

Traduction française par Tian Wangzi

Le vaisseau en noyer s’élançait sur le rideau du ciel couvert de nuages, alors que le bateau de plaisance suivait le rythme. Cependant, la distance entre les deux était grande, montrant l’absolu dégoût de Murong Chuyi envers Jiang Yexue; il ne voulait même pas le considérer comme son égal.

Au crépuscule, le soleil couchant entra dans les profondeurs de la mer de nuage, les couleurs se déversant sur les rames comme le Yangtze et la Rivière Jaune sur la terre. Gu Mang n’avait jamais rien vu de tel. Il restait accroché à la balustrade pour regarder la scène. Ses yeux bleus qui semblaient avoir été lavés par la pluie reflétaient par intermittence le soleil couchant doré et les eaux distantes et larges.

Il venait à peine de prendre son équilibre quand quelque chose lui frappa le molet, deux fois.

Gu Mang se retourna, et au départ, il ne vit personne. Baissant le regard, ce n’est qu’alors qu’il vit un serviteur en céramique, empli de magie qui lui permettait de marcher et de bouger. Sa peinture était extrêmement brute, les yeux inégaux, le nez et la bouche coincés ensemble. Gu Mang trouva son apparence drôle, et il éclata de rire : « Qui a fait ça? Hahaha, il est vraiment trop laid! »

Le rideau de bambou de la cabine se leva et retomba. Portant des robes blanches comme les racines de lotus, Jiang Yexue sortit sur le pont. Il était assis dans un fauteuil roulant en bois qui avançait grâce à l’énergie spirituelle, et il dit à Gu Mang : « C’est toi qui l’as fait. »

« … »

En voyant le choc et la surprise de Gu Mang, Jiang Yexue se mit à rire : « C’était il y a longtemps, quand tu étais encore dans l’armée. Tu m’as vu fabriquer des personnages en terre glaise, et tu as voulu en faire un, toi aussi. Seulement, ta patience à l’époque n’était pas très bonne, et tu suivais tes impulsions. Tu commençais fort, mais finissais faiblement. Tu en as sculpté la moitié avec moi avant de perdre l’intérêt, alors tu as seulement dessiné ses traits à contrecœur. »

« Alors, c’est… »

Gu Mang analysa le serviteur en céramique. En se disant qu’il l’avait fait de ses mains, il avait un étrange sentiment.

Et cette silhouette en poterie avait l’air plutôt vieille; sa laque commençait à perdre de la couleur par endroit. Il fit le tour de Gu Mang, sa bouche tordue s’ouvrant et se refermant, marmonnant maladroitement : « Manger, manger. »

Gu Mang plongea ses mains dans les parties les plus profondes de ses manches et dit, impuissant : « Je n’ai rien apporté à manger. D’ailleurs, tu es fait de terre glaise, pourquoi tu veux manger? »

La laide silhouette en céramique continua à dire avec acharnement : « Manger, manger! »

Gu Mang trouva que cette apparence obstinée aux sourcils froncés était plutôt similaire à Mo Xi, en fait. Mais ce ne pouvait être qu’une pensée inconsciente et silencieuse; peu importe si c’était le vénéré Mo Xi lui-même, ou les filles à Chonghua obsédées par Mo Xi qui l’entendaient, il y aurait assez d’ennuis pour le faire étouffer. Gu Mang essaya de le faire partir : « Il n’y a rien à manger pour toi, tu peux partir. »

Le laid serviteur en céramique étira ses petites mains pour le tirer : « Manger, manger! »

Jiang Yexue sourit : « Il ne te demande pas de la nourriture, il veut que tu ailles manger dans la cabine. »

Gu Mang avait cru qu’ils ne pourraient avoir que de maigres rations pour cette « longue expédition », et il ne s’était pas attendu à ce qu’ils puissent s’asseoir pour manger. Il ne put s’empêcher de demander, curieux : « Tu as cuisiné? »

« Non. »

« Alors, oublie ça. » Gu Mang secoua la tête comme un tambour à boules fouettantes. « Ce que Xihe-jun cuisine, ce n’est pas mangeable. »

Jiang Yexue dit : « J’ai mis quelques figurines en terre glaise comme celle-ci sur ce bateau en noyer, et je les ai enchantées. Elles ont préparé toute la nourriture. Ce ne sera que de la nourriture simple, mais… » Il fit une pause, souriant. « C’est mieux que ce que cuisine Xihe-jun. »

Ce n’est qu’alors que Gu Mang se sentit soulagé, mais il tourna immédiatement la tête pour regarder le bateau de plaisance au loin, et il demanda : « On n’appelle pas le petit dragon, oh, on ne demande pas à Murong-xiansheng s’il veut venir manger? »

« Xiaojiu ne viendrait pas. » L’expression de Jiang Yexue s’atténua vaguement, apparaissant sombre et indistincte dans le soleil couchant. Le bout de ses doigts trembla sur le fauteuil roulant en bois alors qu’il se dirigeait vers la cabine du bateau : « Allons-y. »

Deux petits personnages en céramique étaient occupés à installer les plats et à verser du thé dans la cabine. Cependant, ils étaient bien plus agréables à regarder que celui que Gu Mang avait fait; leur nez était un nez, leurs yeux étaient des yeux, un homme et une femme, très mignons.

Même si les plats sur la table n’étaient pas les plus fins, ils étaient rafraîchissants et délicieux, et le thé était clair et sucré. Gu Mang n’aimait pas boire du thé, alors Jiang Yexue avait préparé une jarre de vin chaud pour lui.

Mo Xi dit : « Ne bois pas trop. »

Jiang Yexue répondit chaleureusement : « C’est du vin de neige fragrant; c’est difficile de devenir ivre avec ce vin. S’il aime ça, laisse-le faire ce qu’il veut. »

Gu Mang lécha ses lèvres, souriant d’un air stupide.

Mo Xi lança un regard sur cette langue humide qui était visible, lapant ces lèvres, et il dit avec un certain mécontentement : « Doyen Qingxu, c’est un criminel. Pourquoi te soucier de le traiter avec cette ancienne politesse? »

Mais même s’il avait dit ça, il laissa faire Gu Mang comme bon lui semble.

C’était en effet difficile de devenir ivre avec du vin de neige fragrant, mais du vin restait du vin. Gu Mang but quelques coupes de trop, trouvant le goût sucré extrêmement délicieux. Ça montait quand même à la tête de boire trop, et en plus, la nourriture préparée par les petits serviteurs en céramique contenait des saveurs nouvelles et alléchantes, et les serviteurs remplissaient toujours les plats. Pour voir un peu plus de leur apparence maladroite et intéressante, par surprise, Gu Mang engloutit trois bols de plus que d’habitude.

Une fois le souper terminé, chacun rentra à sa cabine pour se reposer. Puisque l’énergie spirituelle de Gu Mang n’était pas stable – il s’était déjà déchaîné une fois dans les mains de Murong Liang – maintenant que leur bateau de noyer volait haut dans le ciel, ils ne pouvaient pas prendre de risques. Mo Xi devait le superviser autant que possible. Alors, ce soir-là, Gu Mang et lui partageaient la même cabine.

« Si plein… » Gu Mang grogna en se tenant le ventre, tombant la tête la première dans son lit.

« Lève-toi. » Mo Xi, germaphobe, le leva et le força : « Va te laver avant de dormir. »

Gu Mang ne voulait pas : « Je ne prendrai pas de bain. »

« Si tu refuses de prendre ton bain, alors va te rouler sur le pont pour dormir à même le sol.

Alors, Gu Mang sortit vraiment ses couvertures, se préparant à dormir sur le pont, dans le vent.

Les sourcils en épée de Mo Xi se redressèrent avec colère. Il le tira dans la cabine et dit d’un ton grave : « Qui t’a laissé partir? Couche-toi. »

Les yeux fatigués de Gu Mang étaient lâches, ses yeux bleus comme un lac voilé dans la brume. « Est-ce que je peux juste ne pas prendre de bain? »

« Non. »

« Je t’en prie, Xihe-jun… »

« Non. »

« Maître. »

« Non. »

« Princesse? »

« Tu veux que je me fâche? »

Gu Mang fit la moue, comme si on l’avait offensé : « Cher shidi… »

« … » Mo Xi grinça des dents. « Gu Mang, tu ferais mieux de dégriser! »

Gu Mang avait presque entièrement froncé les sourcils quand lentement, son visage s’apaisa. « Je veux vraiment pas… J’ai pas d’énergie pour rien… Et si tu m’aidais à me laver? »

Mo Xi avait au départ une expression féroce et sévère, mais pris par surprise par cette réplique, il tomba immédiatement bouche bée, son expression devenant plutôt maladroite.

Ainsi, le facteur intimidant de l’intervenant perdit immédiatement de son efficacité.

« …N’y pense même pas. »

Gu Mang soupira et tomba tête première dans le lit, s’étirant sous les couvertures, donnant l’impression qu’il s’endormirait comme ça. Mo Xi ne pouvait rien lui faire, et à court de moyens, il ne pouvait que prendre son propre bain et changer ses vêtements.

Il avait cru au départ que Gu Mang agissait de manière aussi effrontée pour éviter de se baigner. Mais lorsqu’il fut de retour dans la pièce, il trouva Gu Mang complètement recroquevillé sous ses couvertures, ses mains sur son estomac et les sourcils froncés. Il marmonnait à voix basse, ses doux cheveux noirs drapant son pâle visage.

Prétendre davantage, rendu-là, était inutile. Mo Xi fut surpris un moment avant de réaliser qu’il n’allait vraiment pas bien. Il essuya ses cheveux mouillés et s’avança vers Gu Mang, baissant la tête pour demander : « Qu’est-ce qui ne va pas? Tu te sens mal? »

Les longs cils de Gu Mang tremblèrent, ouvrant à peine les yeux. Ses yeux bleu clair étaient un peu embrumés, regardant faiblement Mo Xi en marmonnant : « Mn. Trop mangé… si plein, mon ventre fait mal. »

« … » Mo Xi resta silencieux un moment, puis dit : « Tu l’as cherché. »

Mais il s’assied tout de même aux côtés de Gu Mang, lui faisant une vague apaisante : « Tourne-toi[1] par ici. »

Gu Mang hésita un moment, se disant qu’habituellement, il ne pouvait pas se permettre de le mettre en colère, et maintenant qu’il était affaibli, il devrait encore moins le provoquer. Un homme sage sait qu’il ne faut pas se battre quand les circonstances sont contre lui : si on lui dit de se tourner, alors il devrait se tourner. Alors, il se tourna une ou deux fois dans le lit, jusque dans la main de Mo Xi, et soupira : « Je dois continuer à tourner? »

Mo Xi dit : « Reste couché et ne bouge pas. »

Alors, Gu Mang se reposa comme un poisson salé.

Mais ses vêtements étaient en désordre, son col était ouvert, exposant la grande plaine solide et la peau marquée en dessous. Mo Xi y lança un regard, son expression s’adoucissant; il leva la tête pour replacer le col de Gu Mang, avant de presser sur son estomac pour lentement commencer à le masser.

Gu Mang fit claquer sa langue : « Princesse, est-ce que tu me punis pour avoir trop mangé? »

Mo Xi dit avec insatisfaction : « À ton avis? »

Mais ce n’était pas la faute de l’esprit fermé de Gu Mang, c’était surtout parce que la personnalité de Mo Xi était trop rigide et agressive. Il avait souvent rendu les choses difficiles pour Gu Mang auparavant, et c’est pourquoi Gu Mang pensait que ce massage légèrement forcé était une autre forme de punition. Seulement, cette punition n’était pas trop difficile à supporter; même si c’était étrange, l’inconfort qu’il ressentait dans son estomac s’atténua sous les mains de l’autre homme.

Gu Mang reposait sur le lit, et graduellement, sa vision s’embrouilla. À la fin, sa tête tomba finalement, le visage reposant contre le bras de Mo Xi, et il tomba endormi.

Cette nuit-là, il rêva encore, ses souvenirs perdus brillants faiblement dans son esprit rouillé.

Il rêva d’une tente basse, le vent soufflant à l’extérieur, son nez empli de l’odeur des fleurs de pêcher, ainsi que de l’odeur de miel de Mo Xi.

C’était la nuit de son passage à l’âge adulte.

Avant, il avait seulement rêvé jusqu’au moment où Mo Xi l’avait embrassé, puis le souvenir s’était brisé. Pendant un long moment, Gu Mang était confus sur ce qui s’était passé exactement ensuite, pourquoi leur situation lui faisait se sentir assoiffé et mal à l’aise. Et à ce moment, peut-être à cause du vin, peut-être à cause du massage de Mo Xi sur son estomac endolori dans son lit, le rythme forcé répété semblait coïncider avec un autre genre de rythme dans ses souvenirs.

Comme les nuages et la brume qui se dissipent, il se souvint soudainement.

Cette nuit-là, il avait apporté un livre érotique qu’il avait choisi dans un vieil étalage, son cœur rempli de malice alors qu’il comptait le remettre en cadeau à Mo-shidi pour son passage à l’âge adulte. Il ne s’était pas attendu à ce que le feu qu’il démarre le brûle, et en fin de compte, il avait été pressé sur le lit de camp de l’armée par Mo Xi.

Les planches de bois frêles avaient craqué sous eux. Il était complètement prisonnier et pressé sous Mo Xi, son nez empli de son odeur; il n’avait nulle part où aller.

Il ne se souvenait pas ce que Mo Xi lui avait dit alors, il savait seulement que lorsqu’il avait enfin compris, les mains de Mo Xi s’attelaient déjà à défaire sa ceinture – ces mains étaient nerveuses, comme un garçon qui ouvre un présent qu’il souhaitait depuis longtemps.

Gu Mang lui-même n’était pas mieux; il se sentait encore plus nerveux que Mo Xi, car depuis le début, il était talentueux et compétent devant Mo Xi – il était quelqu’un qui l’acceptait et le protégeait. Il était le « gege » de Mo Xi.

Mais une fois bien pressé et coincé sous le lourd corps du jeune homme, il sentit soudainement que la position qu’il tenait depuis longtemps avait été renversée. Pour la première fois, il avait remarqué que ce petit gongzi qu’il chérissait, qu’il protégeait, qu’il craignait voir être blessé par les autres, n’était pas aussi bien élevé et droit qu’il le croyait.

À sa place se trouvait un homme grand aux larges épaules, effroyablement puissant. Il avait déjà cru que cet homme avait seulement besoin de ses conseils et de sa protection.

Il avala sa salive et lécha ses lèvres humides, ses yeux regardant en haut et en bas sans s’arrêter. Il voulait retrouver son sentiment familier d’être le grand frère, mais il ne pouvait pas le trouver.

Le visage de Mo Xi se reflétait dans ses pupilles, touché par la passion.

Le beau et jeune visage qui tentait de se réprimer était enveloppé dans la brume de l’amour et du désir, au point de rendre les yeux noirs froids et contrôlés de Mo Xi perplexes, comme une jeune bête tombée dans le piège de la luxure.

« Jeune » signifiait sans expérience, impétueux, avec un pouvoir infini sur le point de se briser.

« Bête » signifiait l’instinct primaire, des émotions bestiales, avec un désir infini sur le point de se déverser.

Gu Mang était piégé par ces yeux, il ne pouvait pas fuir ce regard. La soie tomba, comme une coquille dont on force l’ouverture, montrant la chair de la palourde tremblante, ainsi que la faible odeur de la mer.

Le succulent crustacé avait été attrapé par des doigts brûlants. Ce sentiment lui avait fait fermer les yeux, et il n’avait pu s’empêcher de lâcher un faible gémissement; il l’avait ravalé, et lentement, il avait ouvert ses yeux humides… Il avait vu l’apparence de Mo Xi – c’était vraiment… extrêmement stimulant, et extrêmement terrifiant.

La poitrine du jeune homme était large, et sa taille mince, mais bien musclée. À l’époque, Mo Xi avait encore peu de cicatrices – surtout sur son cœur. Le cœur de Mo Xi ne portait pas encore de dommages, il était intact, sans la blessure que Gu Mang allait lui-même lui infliger plus tard.

Alors que Gu Mang regardait ce corps solide, l’air ambiant semblait s’être solidifié d’une manière si oppressante qu’il ne pouvait pas reprendre son souffle.

Il ne savait pas comment ils en étaient arrivés là.

Visiblement, c’était quelqu’un qu’il devait protéger, mais il avait pris la position du conquérant, indomptable et inflexible dans ses demandes. Gu Mang était encore ivre, alors il ne pouvait pas comprendre tous les détails, mais il se rappelait facilement du sentiment d’être déchiré par son shidi.

Ça faisait mal. Ça faisait horriblement mal.

Mo Xi était trop jeune, trop impétueux. Il avait silencieusement enduré sans posséder cet homme qu’il désirait depuis si longtemps, et quand finalement il n’avait pas pu se contrôler, ce genre de désir et d’amour trop longtemps réprimés avaient presque explosé par représailles.

Gu Mang se souvenait avoir marmonné n’importe quoi, pour sa fierté, pour une façon d’interagir naturellement le jour suivant. Ou, peut-être pour d’autres raisons, il semblait avoir enduré la douleur, réprimé sa souffrance et son esprit qui dérivait vers l’inconscience, continuant à parler constamment de jeux avec d’innombrables hommes et femmes. Mo Xi était déjà inexpérimenté et ne savait pas comment bien faire; en entendant Gu Mang parler, il était devenu encore plus impatient et agité, sa force devenant de plus en plus incontrôlable.

Il se souvint que Mo Xi l’avait porté plus tard, le déposant à la tête du lit.

Sous la lumière de la chandelle, le tour de ses yeux était rouge; cette rougeur était causée par la colère, l’insatisfaction, l’amour, le désir ainsi que la douleur…

Le jeune avait pris son visage dans ses mains, embrassant ses joues, puis s’était relevé, le regardant de haut. Ce beau visage contrôlé lui semblait étranger à cause de l’obstination et de l’amour qui y était inscrit.

Avant qu’il ne le conquière complètement, il avait dit quelque chose : « Shixiong, regarde-moi bien, puis baisse la tête et regarde-toi… Je me fiche combien de personnes tu as prises avant. Je veux que tu voies clairement… »

La stimulation de quelque chose qui penche dans la balance, qui allait être bientôt demandé, accompagnait l’expression du jeune, emplie de sentiments cachés, de peine et de désir.

« Qui a été le premier homme… » Mo Xi l’avait pressé, ce sentiment humide si frappant qu’il en faisait se dresser ses cheveux sur sa tête. Sa voix rauque semblait pénétrer l’endroit le plus profond de l’âme de Gu Mang avec son amour et son désir : « …à te prendre ici. »

Gu Mang avait répondu par un court grognement, son cou faiblement penché vers l’arrière. Il tremblait, comme si son âme se faisait déchiqueter, les yeux, écarquillés et tremblant, les larmes ne cessant de couler. Le corps que rien ne pouvait briser sur le champ de bataille était devenu instantanément mou, les yeux complètement noirs.

Il ignorait que la douleur, la chaleur et la respiration pouvaient brûler quelqu’un, son cœur s’emballant comme un tambour. Il avait l’impression que tout son corps tremblait, que ses organes et sa chair brûlaient.

Lorsqu’il était enfin revenu à lui, il avait ouvert ses yeux humides, regardant la lumière et l’ombre danser sur le toit de la tente, comme si la voie Lactée passait au-dessus de leurs âmes entremêlées dans un chaos insupportable.

Gu Mang se souvint comme il était impuissant dans les mains de Mo Xi. Au début, les émotions de cet homme étaient encore contrôlées, mais en approchant de la fin, le désir du jeune lui était monté à la tête, la chaleur brûlant comme un feu de forêt, des perles de sueurs se matérialisant comme l’amour qui les liaient ensemble. Il se sentait comme de la boue molasse dans les mains de l’autre, ses membres et ses os plongeant dans la douceur du vin, devenant des filets de fumée dans l’air brûlant, flottant au loin avec sa conscience.

Ses souvenirs étaient encore un peu fragmentés, mais il pouvait encore se souvenir des lèvres sensuelles de Mo Xi, légèrement ouvertes pour respirer. Il pouvait se souvenir de la voix basse de Mo Xi à son oreille et des émotions qu’il réveillait, de son corps parfait et effronté sous la lumière tamisée.

Qu’est-ce que c’était?

Qu’est-ce que ces actions leur apportaient, qu’est-ce que ça signifiait… Le Gu Mang actuel ne comprenait rien, il ne faisait que sentir la même stimulation qu’il avait dans son rêve.

Cette stimulation, ce piège qui le balayait, cette lourde agitation… Gu Mang ne savait pas quoi faire.

Ce genre de membres entremêlés, de proximité intime – qu’est-ce que ça signifiait? Est-ce que c’était un traité, un serment qu’ils s’étaient fait dans le désir?

Mo Xi lui avait dit : « Je veux que tu voies clairement qui a été le premier homme à te prendre ici. »

Ce genre de ton, à la fois intensément obstiné et fâché, tendre et sauvage… tourmentait directement son cœur.

Il ne se souvenait pas de la durée de ce rêve. Près de la fin, c’était flou et sirupeux, l’ombre et la lumière se brouillant ensemble. Mais soudainement, il y avait eu un moment, comme une sorte de vague excessivement forte qui s’était projetée vers l’avant; Gu Mang ne put arrêter ce même grognement rauque qu’il avait fait dans son rêve : « …Shi, shidi… tu… »

Comme s’il était soudainement tombé, Gu Mang ouvrit abruptement les yeux.

Il haletait fortement, ses tremblements intenses comme des vagues. Il était couvert de sueur, ses lèvres luisantes légèrement ouvertes. Il était parcouru de frissons. Il leva ses yeux bleus embrumés vers le haut…

Son regard était ébahi et impuissant.

Humide.

Il ne pouvait pas dire il était quel jour; c’était un sentiment qu’il n’avait jamais eu par le passé. Avant, les rêves étaient les rêves, et l’éveil était l’éveil. Il n’avait jamais eu ce genre de sensation illusoire encore si forte même après s’être éveillé.

Il passa un long moment à récupérer dans sa position originale, s’apaisant un long moment, haletant un long moment, avant que sa respiration ne se calme et que ses yeux bleus récupèrent sa concentration.

Il leva lentement la tête.

Il était encore sur le bateau de noyer, dans la cabine. La tente et leur version jeune n’existaient plus; il était enfin de retour au présent. Gu Mang avala quelques fois sa salive, comme un chien qui vient de ramper sur le rivage après avoir traversé un étang glacial, regardant lentement à travers ses yeux bleus humides.

Pour croiser, par-delà la lumière tremblante de la lanterne, l’expression visiblement rigide de Mo Xi.

Le bout des doigts de Gu Mang tremblait, frissonnant alors qu’il murmura, stupéfait : « Mo Xi? »

« … »

Il ne comprenait toujours pas pourquoi. « Que… qu’est-ce qui m’est arrivé…? »

Alors qu’il parlait, il baissa la tête pour regarder ses mains, puis ses robes détrempées, ainsi que…

Gu Mang n’avait définitivement pas besoin de décrire ses symptômes. Le regard de Mo Xi glissa vers le bas, notant l’état désolé de ses robes internes mouillées, puis plongea dans un silence encore plus étrange.

L’auteure a quelque chose à dire :

« Si les personnages jouaient dans des séries télévisées »
Mo Xi : Je choisis Harry Potter, parce que la seule personne avec son âme séparée en pièces est Voldemort, alors l’âme de Gu Mang ne pourrait pas être séparée.
Gu Mangmang : Je choisis Saveurs de la Chine. (Journaliste Bun aux Légumes : ????? Les personnages principaux sont tous de la nourriture, tu veux transmigrer en viande bouillie???)
Jiang Fuli : Je choisis La vie des gens riches.
Murong Lian : Je choisis Black Golden Triangle, je pourrai saisir l’occasion de fumer des drogues de qualité[2].
Jiang Yexue : Je choisis Les Quatre, je pourrai rester dans mon fauteuil roulant comme d’habitude.
Murong Chuyi : Je choisis Doraemon.
Yue Chenqing : Je choisis Rêve du manoir rouge, je suis Jia Baoyu, et mon quatrième oncle est Lin Daiyu. (Bun aux Légumes : Tes pensées sont très dangereuses[3])
Hua Po’an : Je dois choisir? Je ne vis que dans les mythes, ok, alors je choisis L’allure de l’enseignant… Ça n’existe pas? Ok, alors je choisis Naruto, aussi connu sous le nom du Ninja tueur d’enseignant, ça convient à ma réputation.
Chen Tang : Je m’en fiche, tant qu’on ne me fait pas jouer dans Confucius, c’est quoi, ça, « enseigner à tout le monde »? C’est un mensonge.


[1] En Chinois, ça veut aussi dire d’aller se faire voir, alors c’est un peu rude, mais c’est un rude mignon

[2] C’est une émission antidrogue lors de laquelle un corps policier s’attaque au trafic de drogues

[3] Jia Baoyu et Lin Daiyu sont des amoureux, leur destin est d’être ensemble

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