Traduction française par Tian Wangzi
17
Liu Qi s’affairait à la cuisine, surveillant trois plats en même temps. En s’affairant à une telle chaleur, la sueur perlait sur son front.
Bai Chuan suivait Liu Qi comme un petit chien avec un grand éventail. Il prit même une serviette pour l’aider à essuyer la sueur, le complimentant de temps à autre : Xiao Qi, tu travailles fort. Xiao Qi, tu es très doué.
Liu Qi ricana doucement : Je sais que je suis doué.
Bai Chuan se massa le ventre : Je suis fatigué de t’éventer, j’ai faim.
Liu Qi tourna vers lui un regard vide : Que veux-tu manger d’autre? Encore des crevettes frites?
Le désir brillait dans les yeux de Bai Chuan : Oui!
Liu Qi étira la main : Passe-moi les crevettes.
Bai Chuan acquiesça. Il fit trembler ses manches, et des crevettes de rivières bien fraîches et trépidantes tombèrent de ses manches pour se répandre sur le sol.
Liu Qi s’empressa de crier que ça suffisait. Il s’accroupit pour ramasser un bassin de crevettes, et plaça les autres poissons et crabes dans d’autres paniers pour de prochains repas.
Bai Chuan était satisfait : Le quotidien est vraiment bon avec ma femme.
Liu Qi : …
18
Tôt ce matin-là, un livre de recettes dans les mains, Bai Chuan sautait sur place tout en charmant Liu Qi, lui disant qu’il souhaitait manger de la soupe Bouddha saute par-dessus le mur[1].
Liu Qi le regarda en souriant, se disant que si le dieu de la rivière avait une queue, elle serait certainement en train de s’agiter depuis longtemps. Il répondit : Je peux cuisiner ça pour toi, mais je n’ai jamais fait cette recette avant, alors si ce n’est pas bon, ne me blâme pas.
Tout content, Bai Chuan fit un câlin à Liu Qi, commençant à le caresser tout autour. Liu Qi repoussa sa main baladeuse et lui demanda, le visage rouge : Tu veux une fessée?
Bai Chuan secoua la tête : Non, non.
Puis, il baissa la tête, et suivant la recette, il sortit toutes sortes de poissons, tortues, crevettes et crustacés de ses manches.
Liu Qi fouilla les tiroirs pour trouver une jarre de vin inutilisée pour se préparer à faire la soupe plus tard.
Ce soir-là, la soupe Bouddha saute par-dessus le mur qui avait lentement bouillie toute la journée émettait un parfum riche. Bai Chuan tourna autour de la jarre avec entrain, en se frottant les mains : Ça sent bon, ça sent bon!
Cependant, Liu Qi, l’expression sombre, posa quelques autres plats sur la table et dit sans enthousiasme : Mange.
Bai Chuan pointa la jarre : Et ça?
Liu dit, le visage froid : Elle n’a pas fini de mijoter.
Bai Chuan le regarda un moment, puis demanda avec curiosité : Xiao Qi, tu n’as pas l’air content, ce soir.
Liu Qi secoua la tête : Ce n’est rien.
Bai Chuan : Vraiment rien?
Liu Qi : Hm.
Alors, Bai Chuan se mit à manger joyeusement.
Liu Qi le regarda, avec bonheur et amusement, mais Bai Chuan ne remarqua rien : …
19
En fait, lorsque Liu Qi était allé au marché ce jour-là, il avait appris que la jeune fille qu’il avait aidée à s’enfuir avait été découverte. La nouvelle s’était répandue au village, et on disait même que quelqu’un la maintenait prisonnière.
Personne ne savait que Liu Qi l’avait sauvée, tous les villageois craignaient que la jeune épouse se soit enfuie sans permission et entraîné la colère du dieu de la rivière qui inonderait alors le village. Ils avaient donc choisi une autre jeune fille à envoyer.
En se remémorant les nouvelles apprises en journée, Liu Qi avait l’impression que sa nourriture était fade, et ses pensées étaient chaotiques. Il ne put s’empêcher d’enfin essayer de demander à Bai Chuan : Les villageois ont choisi de t’envoyer une autre nouvelle épouse, tu le savais?
Bai Chuan était plongé dans sa nourriture, alors il n’y réfléchit pas trop et demanda seulement avec nonchalance : Vraiment? Elle est belle?
Liu Qi le regarda sans mot un moment, le cœur serré, puis dit en ricanant froidement : Va voir par toi-même au temple de la rivière ce soir.
Bai Chuan répondit stupidement : Ok.
Liu Qi frappa sur la table avec colère et arracha les baguettes des mains de Bai Chuan. Il lui cria : Alors vas-y vite!
Bai Chuan regarda ses baguettes avec innocence et demanda : Quel est l’urgence? Je peux finir de manger et y aller après.
Sans dire un mot de plus, Liu Qi jeta Bai Chuan sur son épaule et sortit de la cour avant de le jeter au sol. Il tapa dans ses mains en disant froidement : Va voir, alors.
Bai Chuan regarda d’un air stupide Liu Qi claquer la porte de la cour. Il se tapota les fesses qui avaient amorti sa chute au sol, puis il s’approcha et cogna avec grande prudence à la porte : Xiao Qi, Xiao Qi, ouvre la porte.
Liu Qi : Crétin, va voir ta nouvelle épouse.
Bai Chuan ricana : Est-ce que tu es… jaloux?
Liu Qi grinça les dents de colère. Il avait envie de laisser rentrer Bai Chuan pour lui donner une fessée : Jaloux de toi? Je préfère encore manger de la merde[2].
Bai Chuan était extrêmement déprimé : …J’étais complètement absorbé par la nourriture, j’ai dit n’importe quoi. Je ne veux pas de nouvelle épouse, je te veux toi.
Liu Qi lui en voulait terriblement : Manger, manger, manger, tu ne penses qu’à ça! Je te laisse un shichen[3] pour réfléchir dehors avant de te laisser entrer!
Bai Chuan acquiesça en bougonnant, se recroquevillant pitoyablement au coin du mur. Il étira le cou pour sentir la bonne odeur de la nourriture qui provenait de la maison. Il attendit un moment, avant de crier avec anxiété : Juste un shichen, pas plus! J’attends ici!
20
Liu Qi entra dans la maison et joua nerveusement un moment avec les plats sur la table, se disant qu’il ferait mieux de laisser Bai Chuan rentrer. Ce con avait été mis à la porte à la moitié du repas, ce n’était pas étonnant qu’il en souffre à mort. Mais lorsqu’il ouvrit la porte de la cour, il n’y avait personne à l’extérieur.
Liu Qi cria : Bai Chuan! Bai Chuan?
Aucune réponse.
Liu Qi regarda le petit chemin vide devant la maison un moment, stupéfait, avant de rentrer en silence en fermant la porte derrière lui. Il débarrassa la table des restes, s’enveloppa dans ses couvertures et se laissa tomber sur le lit, roulant à gauche et à droite pendant un moment. Puis il s’étira un moment, avant de s’agiter, confus. Enfin, il jura pour se réconforter : Fuck, plus personne ne se battra avec moi pour la couverture, maintenant, c’est cool.
Au bout d’un moment, Liu Qi retourna à la cuisine et souleva le couvercle du Bouddha saute par-dessus le mur. Il plia une épaisse serviette pour soulever la jarre. Il se prépara à tout jeter, mais il hésita un instant avant de la reposer. Il prit des baguettes pour goûter un petit morceau, puis se dit pour lui-même : C’est vraiment bon, je crois que c’est bon… Pff, tu peux aller voir ta nouvelle épouse, tu n’en mangeras pas. Tu peux bien mourir de faim.
Alors qu’il parlait, une larme glissa pour tomber dans le riche bouillon de la soupe dorée avec un léger « ploc ».
[1] 佛跳墙 – Fotiaoqiang, c’est une soupe aux ailerons de requins. Elle tient son nom de la rumeur selon laquelle elle est si savoureuse que les moines quittent le monastère et leur végétarisme pour pouvoir y goûter
[2] Le jeu de mot se perd à la traduction. Être jaloux, en chinois, se dit littéralement « Manger du vinaigre ». En littéral, ce serait donc Bai Chuan : Tu manges du vinaigre? Liu Qi : Manger ton vinaigre? Je préfère manger de la merde.
[3] 1 shichen = 2 heures