La Femme passe en premier, Romans
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Chapitre 109 : Bonus additionnels 1-10

Traduction française par Tian Wangzi

Si Jing Shao s’était réincarné en enfance (1)

Le vent siffla sur la falaise, et Jing Shao ouvrit soudainement les yeux. Il vit alors une canopée bleu pâle, avec au coin une pochette odorante brodée de motifs de nuages blancs comme la lune.

À l’extérieur de la fenêtre, on entendait les stridulations des insectes, et un vent chaud soufflait sur les rideaux. Un parfum d’angélique et d’armoise provenait du sachet brodé, un parfum qu’on ne pouvait sentir qu’une fois par an, au festival des Bateaux dragons. Quand il était petit, pour ce festival, l’impératrice brodait elle-même deux de ces sachets, un pour Jing Shao et un pour son frère.

Ça faisait déjà plusieurs années qu’il n’avait pas vu ça.

Jing Shao regarda fixement ce sachet poussé par le vent comme s’il était en transe. Il leva la main pour se couvrir des rayons perçants du soleil, mais remarqua immédiatement que quelque chose n’allait pas.

La main qui couvrait son visage était petite et faible, et la paume douce et tendre ne pouvait pas appartenir à un homme qui maniait l’épée depuis plus de 20 ans.

« Dianxia, c’est l’heure de se lever. » Duo Fu, qui était bien plus mince que dans ses souvenirs, arriva en souriant, les yeux plissés. « Ne faites pas une trop longue sieste. »

Alors qu’il s’assit sur le lit, Jing Shao regarda ses courtes pattes qui pendaient sur le côté du lit, il regarda le jeune Duo Fu, puis regarda encore le sachet odorant brodé…

« Xiao Shao-er, tu dors encore? » La voix souriante de l’empereur Hong Zheng retentit à l’extérieur de sa chambre, et peu de temps après, l’empereur entra, vêtu de robes indigo.

Jing Shao sauta immédiatement du lit et s’agenouilla pour le saluer.

« Ça va, ça va, tu es encore endormi? » L’empereur Hong Zheng sourit en tapotant la tête de Jing Shao.

« Je ne voulais pas dormir. » Jing Shao se gratta la tête avec embarras, baissant les yeux pour cacher la surprise dans ses pupilles.

« Ne voulais-tu pas venir voir les festivités avec Nous? On y va encore ou non? » L’empereur Hong Zheng lui tira l’oreille.

« On y va! » Jing Shao secoua la tête, et avec un sourire adorable, il serra la grande jambe de son père impérial, faisant exprès d’agir en enfant gâté. Mais cela ne fit que faire rire l’empereur Hong Zheng. Il demanda à Duo Fu d’aider le petit gars à changer ses vêtements pour des robes légères et ordinaires, puis le tira pour sortir à l’extérieur.

En chemin, il regarda tout autour de lui attentivement, et Jing Shao en conclut qu’il s’était réincarné à la première année de l’ère Hong Zheng. Son père impérial venait d’hériter du trône cette année-là, sa mère impériale était encore en vie, il était encore le fils préféré de l’empereur Hong Zheng, Jun Qing était encore un enfant…

Il avait encore le temps pour tout!

Il se couvrit le visage d’une main pour cacher sa soudaine extase.

Le carrosse tangua dans la cité impériale, et il s’arrêta bien vite.

« Ye, nous sommes arrivés. » Lorsqu’ils sortaient sous couverture, les gardes impériaux et leur entourage changeaient les titres d’appellation.

L’empereur Hong Zheng descendit du carrosse, puis se tourna pour prendre Jing Shao, mais ce dernier avait déjà sauté par lui-même en bas du carrosse comme un petit singe plein d’énergie. Il tomba bien au sol, puis secoua le bas de ses robes d’un air plutôt héroïque. Mais cette série de mouvements, effectuée par un enfant de sa taille, ne pouvait qu’être amusante.

« Pff… » L’empereur ne put s’empêcher d’étouffer un rire.

 Jing Shao ne se soucia pas du rire de son père impérial, puisqu’il leva les yeux pour regarder le grand manoir devant lui, ses pupilles se contractant automatiquement. Sur la grosse plaque, il était écrit « Manoir Bei WeiHou » en gros caractères dorés.

Le manoir Bei WeiHou, la maison de Mu HanZhang!

Au départ, comme il ne s’agissait que de jouer avec son père impérial, Jing Shao n’avait pas de grandes attentes pour cette sortie, mais maintenant, il retrouva subitement le moral. Dans cette résidence close, il y avait sa WangFei quand il n’était qu’un enfant, ah!

Bei WeiHou arriva rapidement pour leur ouvrir. Il laissa entrer les deux personnes sans rien dire, puis s’agenouilla respectueusement dès que la grande porte fut refermée.

« Ça va, Nous venons jouer aux échecs avec toi, pas besoin d’être si formel. » L’empereur Hong Zheng aida Bei WeiHou à se relever, marchant vers le jardin en souriant.

Dans le jardin du manoir Hou, il y avait plusieurs vieux arbres imposants. Un ruisseau artificiel serpentait entre eux, et un petit pavillon dans lequel il faisait frais avait été bâti près de l’eau.

« Voici Mu LingBao, il accompagnera Sa Majesté le troisième prince aujourd’hui. » Le petit grassouillet Mu LingBao fut poussé de derrière Bei WeiHou, et il salua Jing Shao.

Mu LingBao était habituellement arrogant chez lui, mais voir le prince le terrifia, et même après un long moment, il n’arrivait toujours pas à compléter une phrase.

Jing Shao regarda ce petit grassouillet, son visage exposant son insatisfaction. La famille Mu ne traitait pas bien Mu HanZhang. En prison, il avait déjà entendu Mu HanZhang dire que ce fils aîné de la famille Mu l’intimidait souvent quand ils étaient petits.

Mais devant l’empereur Hong Zheng, Jing Shao ne pouvait rien dire. C’était la première fois qu’il venait au manoir Hou, il ne devait rien y connaître, il ne pouvait pas soudainement demander s’il y avait un autre fils dans la maison avec qui il pourrait jouer.

« Alors, allons jouer par là, » dit Jing Shao en se dirigeant vers le jardin à l’arrière.

Si Jing Shao s’était réincarné en enfance (2)

« Ah, dianxia, on ne peut pas aller à l’arrière. » Mu LingBao le suivit comme son ombre, mais lorsqu’il vit que Jing Shao voulait traverser la porte de lune, il s’empressa de l’arrêter.

« Quoi, il y a des endroits de ce manoir que ce prince n’a pas le droit de visiter? » Dans sa presse de trouver sa WangFei, le ton de Jing Shao était vraiment rude.

« C’est le jardin reculé, c’est la résidence des femmes, » dit Mu LingBao, incapable de cacher son sourire.

Il n’avait que six ans, il n’y avait pas de mal à ce qu’il entre dans la résidence des femmes. Mais dans son cœur, il était déjà un adulte, alors il valait mieux ne pas y aller. Il fit claquer ses manches en se détournant pour partir, puis Jing Shao prit place dans le pavillon pour réfléchir à une méthode.

Mu HanZhang était un fils de concubine, la dame Bei WeiHou ne devait pas vouloir qu’un fils de concubine soit un compagnon de jeu d’un prince, alors il ne pouvait que commencer avec Mu LingBao.

« Hé, as-tu d’autres frères? Appelle-les, ce prince veut les voir. » Jing Shao cueillit une fleur au passage et fit un signe de tête à Mu LingBao.

En entendant le mot « frères », le visage de Mu LingBao prit soudainement un air dégoûté. C’était encore un jeune enfant, il ne savait pas comment cacher ses émotions. Il dit avec rigidité : « Son corps est faible et maladif, il est né avec de la mauvaise fortune. J’ai peur que son apparence vous déplaise, Majesté, alors je ne l’ai pas appelé. » Puis, il sembla réaliser qu’il avait parlé trop directement, alors après une pause, il demanda à Jing Shao s’il voulait aller pêcher.

« Pêcher quel poisson? C’est ennuyant. »



À cause des affaires de la famille, l’école était fermée aujourd’hui, alors Mu HanZhang n’avait pas besoin d’étudier. Son père lui avait mainte fois répété qu’il devait rester paisiblement à l’intérieur, qu’il ne devait pas vagabonder à l’extérieur, puis il était parti avec Mu LingBao.

« J’ai entendu dire que Sa Majesté avait apporté un petit prince, il est très beau. » Quelques servantes se rassemblèrent sous un porche pour bavasser. C’était toutes des femmes de la résidence à l’arrière, elles n’avaient pas les qualifications pour aller au jardin frontal servir l’empereur, alors elles ne pouvaient que rester ici à discuter des rumeurs.

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« C’est le troisième prince, il est très chéri par l’empereur. Le jeune maître a vraiment de la chance, il peut rencontrer un prince de la première épouse à un si jeune âge. S’il peut entrer au palais pour être le partenaire d’étude de dianxia, son avenir sera garanti, ah. »

« Le jeune prince va hériter du titre de noblesse un jour, ça ne fait aucune différence s’il devient son partenaire d’étude ou non. »

« Qu’est-ce que tu en sais, un jeune maître qui n’a rien à faire n’est pas comparable à un jeune maître qui détient du pouvoir, non? »

« Pourquoi le second jeune maître n’est pas allé jouer avec le prince? »

« C’est un fils de concubine, comment pourrait-il l’accompagner? »

Mu HanZhang se tenait derrière un mur en papier, regardant les ombres des silhouettes qui jouaient dans le jardin. Il voulait aussi aller voir le troisième prince. Un enfant si jeune ne savait pas encore comment s’accrocher aux puissants pour en tirer profit, il voulait seulement voir à quoi ressemblait un prince impérial, pour voir s’il y avait vraiment l’ombre dorée d’un dragon derrière lui comme le disaient les livres.

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Un vieux serviteur gardait la porte de lune pour empêcher ce fils de concubine de traverser, alors Mu HanZhang le contourna secrètement. Il passa par un étroit sentier menant à la montagne de pierre dans le jardin, et pointa sa tête derrière une roche pour regarder.

« Ouin… » Pour une quelconque raison, Mu LingBao était assis sur le sol à pleurer, une servante à ses côtés. La vieille servante n’osait pas l’approcher pour le consoler, le visage empli d’anxiété.

Le troisième prince, portant de somptueux habits brodés, lui faisait dos.

« C’est vrai, pourquoi tu pleures? On dirait une fillette. » Jing Shao fit la moue. Il ne pouvait vraiment pas s’empêcher de le battre, et leva la main pour entrer sa branche de rosier dans l’oreille de Mu LingBao. Il dit en riant : « Approche, je te donne une fleur, comme ça tu pourras devenir une épouse un jour. »

En l’écoutant, Mu LingBao pleura davantage.

Le troisième prince regarda avec impatience ce petit gros aux yeux si pleins de larmes que la morve coulait de son nez. Il dit en se moquant : « Si tu acceptes de parier, tu acceptes de perdre. Tu as perdu, donc tu dois être mon cheval pour la journée. Si tu ne veux pas, alors appelle ton petit frère pour qu’il te remplace. »

Quand il entendit les mots de « petit frère », le visage de Mu HanZhang pâlit, ce n’était pas le bon moment de sortir de lui-même du passage secret. Il se fit tout petit pour tenter de s’éclipser, mais il perdit pied soudainement, faisant tomber plusieurs pierres dans un grand bruit.

« Qui est là? » Jing Shao tourna subitement la tête, regardant vers la source du son en état d’alerte. Le champ de bataille avait formé sa vigilance pendant plus de dix ans, il ne pouvait pas perdre ça en une nuit.

Son regard perçant se posa directement sur l’enfant qui se cachait derrière les rochers. Mu HanZhang sentit immédiatement l’intention meurtrière dans son regard, et son visage pâlit davantage.

À ce moment, il ne pouvait pas sortir, tout comme il ne pouvait pas rester caché. Si son père savait qu’il était venu voir le troisième prince en cachette, il penserait sans doute qu’il était venu avec une idée derrière la tête. Il perdrait alors les faveurs de son père, puisque c’est un crime grave que de s’impliquer avec un prince.

Mais le troisième prince l’avait déjà vu, ce serait impoli de ne pas sortir. Le petit Mu HanZhang serra les dents, et raffermit son expression pour sortir le saluer : « Ce petit passait par là quand il est tombé sur Dianxia. Je vous en prie, Dianxia, pardonnez mon crime. » Mu HanZhang garda la tête baissée tout au long, espérant que le troisième prince ne lui accorde aucun intérêt pour qu’il puisse partir vite, avant qu’il se souvienne de cette histoire de « servir de cheval ».

Quand Mu LingBao vit clairement de qui il s’agissait, son visage passa subitement au rouge. Comment ce fils de concubine était-il arrivé ici? Ce devait être pour s’approcher du prince. Il ne pouvait pas le laisser faire! « Que viens-tu faire ici? Servante, jette vite ce perdu dehors. »

Avant que les autres puissent réagir, il fit signe à la vieille servante de le jeter dehors au plus vite.

La vieille servante attrapa Mu HanZhang, et sous la force de cette grande main qui le serra fort jusqu’à lui faire mal, il faillit éclater en larmes. Il se mordit la lèvre inférieure pour ne pas faire de bruit et suivit la vieille servante la tête basse.

« Un instant! » Au moment où Jing Shao vit l’enfant, il ne put plus détourner les yeux. Il s’approcha rapidement, repoussa la vieille servante qui lui bloquait le passage, et inclina la tête pour le regarder : « Tu… »

Un visage gravé dans le jade, les sourcils aussi beaux qu’une peinture, c’était assurément son Jun Qing. Seulement, comparé à son apparence mince à l’âge adulte, il était un peu plus rond, bien plus petit, et incomparablement adorable. Ses joues avaient ce rose pâle unique aux jeunes enfants, leur donnant l’air très doux, le faisant mourir d’envie d’étirer la main pour les pincer.

« Dianxia. » Puisque ce noble n’ajouta rien pendant un long moment, Mu HanZhang était un peu perdu, et il leva subtilement la tête pour le regarder.

Le troisième prince n’avait pas trois têtes ni six bras, et il n’avait pas non plus de dragon doré dans le dos. C’était un garçon ordinaire. Ce qui était inhabituel, c’était la beauté de son visage, ainsi que le tempérament noble qui irradiait de tout son corps.

« Tu es vraiment beau », dit Jing Shao avec stupéfaction, passant près de se mordre la langue. C’était la première fois qu’il voyait sa WangFei dans cette vie, et il lui disait des mots aussi frivoles, il était fini… fini…

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« Qui t’a permis de venir ici! » Mu LingBao se fit essuyer sa sueur sur son visage par une servante, puis il s’approcha rapidement et poussa férocement Mu HanZhang.

Il n’était déjà pas très stable sur la route de pierre, alors poussé ainsi, Mu HanZhang tituba et tomba vers la petite montagne.

« Attention! » Jing Shao l’attrapa rapidement pour le tirer dans ses bras. Il sentit le doux corps dans ses bras, bien vivant, son Jun Qing n’avait pas encore souffert. Les yeux du troisième prince devinrent un peu rouges.

« Petite Cuillère, qu’est-ce que tu fais? » La voix rieuse de l’empereur Hong Zheng retentit derrière eux. Les cris et les pleurs de Mu LingBao avaient dû se faire entendre jusqu’en avant, alors les deux adultes étaient venus voir ce qui se passait.

En voyant l’empereur et son père, Mu HanZhang trembla doucement. Cette fois, il allait vraiment avoir des ennuis.

En sentant trembler la personne dans ses bras, Jing Shao regarda les sourcils légèrement froncés de Bei WeiHou et comprit ce qu’il en était. Pour rencontrer le prince, si son père l’aimait, il laisserait aussi un fils de concubine le rencontrer, mais s’il ne l’aimait pas particulièrement, il ne le laisserait pas sortir. Et il était évident que Mu HanZhang n’était pas un fils de concubine très aimé.

« Père impérial, regarde, il est vraiment beau. » Jing Shao sourit, les yeux en croissants, et avec un air innocent, il tira le petit Jun Qing devant l’empereur Hong Zheng afin qu’il puisse bien le voir. « Je veux qu’il soit mon partenaire d’étude. »

Tout le monde fut surpris à cette annonce. Les yeux de Mu LingBao faillirent sortir de leurs orbites.

« Sais-tu qui il est pour le vouloir comme partenaire d’étude? » demanda l’empereur Hong Zheng avec impuissance.

« En réponse à l’empereur, c’est le deuxième fils de cet humble officier, Mu HanZhang. »

L’empereur Hong Zheng hocha légèrement la tête. Il regarda cet enfant qui ressemblait à une poupée de porcelaine, le trouvant vraiment beau. C’était dommage que ce soit le fils d’une concubine. S’il choisissait un fils de concubine d’un manoir Hou comme partenaire d’étude pour un prince de la première épouse, ça ne convenait pas vraiment.

C’était aussi ce que Bei WeiHou pensait, alors il recommanda Mu LingBao à Jing Shao.

« Je m’en fiche, c’est lui que je veux. À part lui, je ne veux personne d’autre. » Profitant du fait qu’il était jeune, Jing Shao montra tout l’étalage de son effronterie, prêt à s’asseoir au sol s’il le fallait, mais il ne rentrerait pas au palais aujourd’hui si le petit Jun Qing ne rentrait pas avec lui.

« Tu es vraiment têtu. » L’empereur Hong Zheng le dévisagea sans donner son accord, mais il ne refusa pas non plus.

Après le départ de Jing Shao, le visage de Mu LingBao s’assombrit. Il se tourna pour regarder Mu HanZhang de haut : « Qui t’a permis d’accourir t’attirer les faveurs? Tu as vraiment cru que tu pourrais devenir le partenaire d’étude du troisième prince? Pff. »

Bei WeiHou ne dit rien après avoir salué l’empereur. Sans punir ni réconforter son second fils, il lui jeta seulement un regard avant de s’en aller.

Mu HanZhang avait eu le culot de se glisser dans le jardin pour se mêler aux affaires du prince, cette rumeur se répandit en coup de vent dans le manoir. Personne n’osait en parler à voix haute, se disant secrètement que le fils de concubine cherchait à atteindre un rang qui ne lui appartenait pas, sans se soucier de sa position.

Ce n’était déjà pas une bonne journée, et maintenant elle était encore plus difficile. Tous ses cousins à l’école allaient être au courant, et ils allaient se moquer de lui secrètement et ouvertement.

« Yo, il paraît que notre jeune maître HanZhang a tenté de s’attirer les faveurs du troisième prince pour rentrer au palais en tant que partenaire d’étude. »

« Tss, et n’oublie pas les richesses et l’honneur. Si tu deviens partenaire d’étude, n’oublie pas d’aider tes cousins, ahahaha. »

« Pff, quel con, il se prend pour qui pour vouloir voler la place de LingBao-ge. »

Le petit Mu HanZhang baissa la tête, sans dire un mot. Il n’avait même pas le rêve impossible d’être partenaire d’étude d’un prince, il était seulement curieux.

Ainsi, quelques jours plus tard, alors que tout le monde commençait à oublier cet incident, un décret impérial arriva au manoir.

【Le second fils de Bei WeiHou, brillant et studieux, est invité à entrer dès aujourd’hui au palais pour devenir le partenaire d’étude du troisième prince.】

Le décret fut prononcé directement à l’école. Mu HanZhang resta stupéfait un long moment, jusqu’à ce que son professeur lui rappelle de se lever pour remercier le messager. Mu LingBao et les autres cousins avaient le visage plus noir que le fond d’un chaudron.

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À l’école de la famille Mu, l’enseignant invité n’était pas mauvais, il avait même passé l’examen impérial. Il avait même un poste à l’académie Hanlin. Mais il n’était pas comparable avec les enseignants au palais, et l’enseignant du prince était un grand expert, Hong Ru. Plus important encore, le partenaire d’étude du prince doit entrer au palais tous les jours pour voir le prince, ce qui était, en gros, avoir déjà un pied au cœur de la résidence impériale. Tous les fils des nobles mourraient d’envie d’avoir une telle occasion.

Maintenant, il fallait trouver un partenaire d’étude pour le troisième prince, le plus choyé des princes, et par surprise, le choix s’était posé sur un fils de concubine. Comment le monde de la famille Mu pouvait-il l’accepter?

« Eunuque, y a-t-il une erreur? Comment Sa Majesté peut-elle appeler un fils de concubine pour devenir le partenaire d’étude du troisième prince? » demanda Mu LingBao en étirant le cou, le visage complètement rouge.

L’eunuque qui était venu porter le décret eut soudainement l’air insatisfait, et dit avec excentricité : « Jeune maître, vous plaisantez. Quiconque oserait faire une erreur dans la lecture du décret se fera décapiter. »

Bei WeiHou, qui se tenait sur le côté, donna immédiatement une claque à Mu LingBao : « Cesse de dire n’importe quoi. » Puis, il s’empressa de récompenser l’eunuque en souriant.

L’eunuque refusa la récompense, sachant que cette famille n’appréciait pas les fils de concubine. Mais c’était l’ordre de l’empereur, et il ne voulait pas dire n’importe quoi après avoir lu le décret. Ce garçon célébré avait vraiment avalé du poison en croyant recevoir un gâteau.

« Second jeune maître, allez faire vos bagages. Quelqu’un du palais viendra vous chercher demain.  Par la suite, vous vivrez au palais, et vous pourrez rentrer chez vos parents une fois tous les dix jours. N’apportez pas trop de choses, le palais ne manque de rien, alors n’apportez que ce que vous utilisez quotidiennement. » Les gens de la famille Mu l’ignoraient, mais l’eunuque qui avait annoncé le décret savait que ce garçon était la personne pour laquelle le troisième prince avait fait une crise, alors il devait beaucoup l’aimer. À présent, le troisième prince était extrêmement choyé, il pourrait même être nommé prince héritier à l’avenir, alors ils ne pouvaient pas négliger ce que Jing Shao tenait à cœur.

 Mu HanZhang était pétrifié en acceptant le décret.

Bei WeiHou n’était pas du tout insatisfait, il semblait même plutôt content. Il appela Mu HanZhang à son bureau pour lui enseigner quelques règles du palais.

« Tu ne vas pas là pour t’amuser, tu dois convaincre le troisième prince d’étudier plus… »

Depuis que ses méridiens avaient été gelés, c’était la première fois que son père lui parlait de façon aussi amiable. Mu HanZhang était bien trop content de cette attention, il porta attention aux moindres mots de son père, les apprenant par cœur. Ce n’est qu’en sortant du bureau qu’il retrouva ses esprits.

Il était devenu le partenaire d’étude du prince, lui. Par la suite, sa position à la maison allait s’élever. Tant qu’il ne se faisait pas rejeter par le troisième prince, il allait pouvoir bien étudier au palais, et personne n’oserait plus l’humilier.

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Au fond de lui, Mu HanZhang était tout de même excité. Il était encore jeune, alors il ne put s’empêcher de sourire doucement, secrètement décidé à se faire aimer du troisième prince.

Le matin suivant, Duo Fu poussa la porte de la chambre pour réveiller son prince qui n’était pas du tout matinal, mais il eut la surprise de découvrir que Jing Shao était déjà levé et le fixait de ses yeux noirs : « Que fais-tu planté là? Aide-moi vite à m’habiller. »

Aujourd’hui, le jeune Jun Qing entrait au palais. Jing Shao était tellement excité qu’il n’en avait pas dormi de la nuit, se tournant et se retournant dans son lit en repensant aux préférences de sa WangFei. Mais il découvrit amèrement que tout ce qu’il connaissait de Mu HanZhang se résumait à cette pitoyable conversation qu’ils avaient eue en prison. Il ignorait ce qu’il aimait manger et les jeux qu’il appréciait.

« Pas celui-ci, je veux mettre celui-là. » Jing Shao pointa un ensemble plus luxueux, se disant à la blague qu’en rencontrant sa femme, il devait se mettre beau.

Habillé proprement, le troisième prince courut au hall principal comme si le vent lui poussait dans le dos. Il entra tôt le matin à l’école pour attendre son partenaire d’étude, qui était déjà arrivé.

Mu HanZhang portait des robes cyan, portant un simple sac de livres dans la main. Il se tenait silencieusement dans le hall. Lorsqu’il entendit le bruit de pas, il baissa immédiatement la tête pour le saluer : « Salutations, Votre Altesse, ce petit… »

« Inutile d’être aussi courtois. Jing Shao enlaça sa petite WangFei. Il avait beau le regarder sous tous ses angles, il le trouvait beau. « Tu es enfin là, je n’ai pas cessé de penser à toi ces derniers jours. »

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« … » Mu HanZhang ne savait pas quoi répondre à ça, son visage pâle devenant légèrement rouge.

« Tu as déjeuné? » Il était venu le plus tôt possible pour les cours du matin. Jing Shao prit la main de sa petite WangFei, jeta son sac à l’eunuque qui les suivait, et continua à parler en se dirigeant vers l’école.

« Oui. » En fait, parce qu’il devait partir trop tôt, sa famille ne lui avait pas préparé de déjeuner, mais parce que Mu HanZhang avait peur de perdre sa réputation s’il s’évanouissait de faim, il avait mangé en cachette un morceau de gâteau.

« Ne dis pas n’importe quoi. À cette heure, qui dans ta famille t’a donné de quoi manger? » Même si Jing Shao n’était pas très doué pour déchiffrer le langage corporel, c’est facile de lire les expressions d’un enfant de sept ans. « Ne sois pas nerveux, lorsqu’à l’avenir, tu seras ma femme… mon ami, tu n’auras qu’à dire ce que tu veux. On n’a pas de nourriture pour le cours du matin, mais après ça, les cuisines impériales nous envoient à manger, tu pourras manger encore à ce moment-là. »

Dans l’école, le grand prince n’était pas encore arrivé, et le second prince Jing Chen était déjà assis à sa place à réviser un livre. Le quatrième prince Jing Yu était encore jeune, mais sa mère l’avait forcé à aller à l’école en avance. En ce moment, il était assis à sa place à somnoler.

« Yo, troisième, où as-tu trouvé cette petite beauté? » Il venait tout juste de passer la porte que le grand prince entra derrière lui. Il parla en souriant à Mu HanZhang, qui tenait la main de Jing Shao.

« C’est mon partenaire d’étude, ne le traite pas de petite beauté. » Jing Shao était un peu ennuyé. Il n’avait rien compris quand il était jeune, mais maintenant qu’il s’était réincarné, il pouvait naturellement comprendre la malice dans les mots du grand prince.

Jing Chen releva la tête et jeta un regard à son petit frère qui était différent de d’habitude, fronçant légèrement les sourcils. Il savait naturellement que son petit frère avait fait une crise pour avoir le fils de concubine de la famille Mu comme partenaire d’étude. Il regarda le jeune garçon à l’apparence propre et au regard pur, sans une trace de malice, puis il ouvrit lentement la bouche : « Grand frère impérial, surveille tes paroles. C’est le fils de Bei WeiHou. »

Puisque le second prince avait mentionné ses origines, le grand prince ne pouvait plus rien dire. Le fils d’un noble, même si c’était un fils de concubine, il ne pouvait pas l’humilier comme bon lui semble. Il ne faudrait pas que ça remonte aux oreilles de l’empereur.

« Alors, il est de la famille Mu… » Il voulait ajouter quelque chose, mais le professeur arriva à ce moment-là. Il ne put que se taire et prendre sa place.

Jing Shao tira sa petite Wangfei pour s’asseoir. Le bureau du partenaire d’étude était tout juste à côté de celui du prince, ce qui correspondait à ses intentions. En regardant le petit Jun Qing s’asseoir docilement et sortir ses livres et ses pinceaux, il ne put s’empêcher de sentir son cœur le chatouiller. Le jeune Jun Qing était vraiment trop adorable, c’était dommage qu’il ne sache pas peindre, car ça aurait été intéressant de peindre son portrait maintenant pour lui remontrer une fois qu’ils seraient mariés.

« Dianxia, le professeur vous appelle. » Mu HanZhang rappela à l’ordre Jing Shao à voix basse.

Jing Shao regarda l’enseignant d’un air vague, sans savoir de quoi il était question.

« Le professeur a demandé : « Ceux qui ont un poste officiel ne devrait pas partir avant d’avoir terminé leur travail, ceux qui ont la responsabilité de parler doivent partir s’ils ne peuvent pas parler ». » Mu HanZhang ne put que continuer à lui chuchoter.

*toux* Le professeur ne manqua rien de la scène et s’éclaircit la gorge pour reprendre leur attention.

Mu HanZhang sursauta, pinça les lèvres et baissa la tête.

En voyant sa WangFei sursauter de peur, Jing Shao se sentit mal à l’aise. Ce vieil homme passait ses journées à radoter sur des choses complètement inutiles, mais il avait effrayé son petit Jun Qing. Seulement, cette question ne pouvait pas rester sans réponse. Si le prince faisait une erreur, son partenaire d’étude allait être puni, et s’il ne répondait pas, sa WangFei recevrait un coup de règle.

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« Si je n’ai ni tâches officielles ni responsabilités, n’aurais-je pas alors suffisamment de place pour avancer et reculer? » Par chance que Jing Shao se souvenait par cœur de ces répliques de Confucius et Mencius qu’ils apprenaient dans l’enfance. Si on l’avait interrogé sur les Cinq Classiques, il n’aurait pas pu répondre. Il avait dix ans quand il s’était concentré sur l’art de la guerre, il ne se souvenait donc pas de ces trucs d’érudits.

Le professeur caressa sa barbe. Il laissa temporairement Jing Shao pour interroger Mu HanZhang.

À ce moment, tous les yeux se tournèrent vers lui. Après tout. C’était un fils de concubine qui avait été soudainement promu au rang de partenaire d’étude d’un prince de la première épouse, tout le monde mourrait d’envie de voir ce qu’il avait de spécial.

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« Si une personne ne fait rien, alors elle n’est pas supérieure. » Le professeur demanda à Mu HanZhang de dire la suite pour voir où il en était dans ses études. Puisqu’il était le partenaire d’étude du prince, il était aussi son élève. C’était la première fois qu’il venait en classe, alors il devait juger de ses connaissances pout voir comment mieux lui enseigner à l’avenir.

Cette phrase venait de « Mencius », alors que Mencius et Yanzi discutaient devant le défilé du roi Xuan de Qi.

« Et si elle n’est pas supérieure, elle ne peut pas partager son bonheur aux citoyens qu’elle dirige. » Mu HanZhang se leva et s’inclina légèrement devant le professeur avant de répondre sans presse.

« Sais-tu ce que cette citation veut dire? »

« Il ne faut pas blâmer le monarque pour notre malheur, mais un monarque qui ne partage pas sa joie avec le peuple n’est pas un bon monarque non plus. » La voix de l’enfant était douce et attachante. Sans être humble ni arrogante, sans être faible ni puissante, très agréable à entendre.

Le visage du professeur s’adoucit, et il continua à l’interroger : « D’après toi, était-ce approprié pour l’empereur de défiler ainsi? »

À ces mots, le visage de tous les princes changea. L’empereur Hong Zheng avait accédé au trône depuis peu, son époque était encore fraîche. La veille, la cour avait proposé de faire la tournée du Jiangnan, sous la tutelle du premier ministre Qu. Personne n’arrivait à s’entendre si c’était approprié de partir en tournée. Demander à un enfant de 7 ans de répondre à cette question, c’était bien trop prématuré.

Jing Shao fronça les sourcils : « Professeur, comment pourrait-il savoir ça? Ne lui rendez pas les choses difficiles. »

C’était une chose très déplaisante à entendre, et le professeur était si fâché qu’il souffla dans sa barbe en lui jetant un regard noir. Il avait seulement eu l’idée sur le coup de l’interroger davantage. C’était correct pour un enfant d’avoir tort, comment en était-il rendu à rendre les choses difficiles pour le partenaire d’étude du troisième prince?

Jing Chen, assis derrière, donna un coup de pied à son petit frère pour lui dire de s’excuser au professeur, mais Mu HanZhang, sur le côté, ouvrit la bouche.

« Les connaissances de ce petit sont superficielles, et il ne comprend pas la politique. Mais selon les livres que j’ai lus ces quelques années, je crois que la tournée de l’empereur a pour but d’apporter de la joie au peuple, et d’assurer la paix dans l’empire. Si l’empire est en paix, alors rien n’est impossible; si l’empire est instable, il faut progresser avec prudence. »

Ce n’était pas révolutionnaire, mais ce n’était pas commun pour un enfant de sept ans de parler ainsi. Les pupilles de Jing Chen se contractèrent en regardant discrètement ce petit partenaire d’étude, puis il regarda son petit frère qui n’avait pas du tout l’air surpris. Il ignorait si Jing Shao était aveugle et ignorait la qualité de ce garçon, ou bien s’il savait qu’il avait mis la main sur quelqu’un de vraiment extraordinaire.

Ce jour-là, les remarques du second fils de la famille Mu à l’académie se rendirent jusqu’aux oreilles de l’empereur Hong Zheng.

« Si Nous ne faisons pas erreur, cet enfant n’a que sept ans. » L’empereur resta pensif. « Ce n’est pas surprenant alors si Petite Cuillère s’est montré si persistant. »

Un enfant de sept ans avec une telle sagesse, il n’a pas dû avoir de misère à séduire le troisième prince au point qu’il le choisisse comme partenaire d’étude.

Mu HanZhang ignorait qu’il était déjà un enfant extrêmement manipulateur dans le cœur de l’empereur, il était encore tout nouveau dans sa nouvelle résidence.

Les deux princes de la première épouse vivaient dans le palais de l’impératrice, chacun dans une chambre latérale. Il vivait donc avec Jing Shao, dans une petite pièce attenante.

La pièce ne comportait qu’une chambre, avec de grandes fenêtres lumineuses, mais elle était bien plus spacieuse que la petite cour étroite qu’il avait au manoir Mu. L’eunuque Duo Fu, qui était un peu gros, lui fit porter de nombreux utilitaires en souriant. Il était de très bonne nature. « Jeune maître, s’il vous manque quoique ce soit, veuillez le dire à cet esclave. L’impératrice vous a alloué un budget mensuel, il comblera vos besoins alimentaires de la semaine, vous n’avez pas à vous inquiéter. »

« J’ai aussi un budget mensuel? » Mu HanZhang était très surpris. C’était la première fois qu’il apprenait qu’un partenaire d’étude recevait de l’argent.

« Naturellement. Je t’ai demandé de devenir mon partenaire d’étude, je ne vais pas t’appeler avant que tu aies mangé. » Jing Shao entra, une main derrière le dos, et parla avec fierté.

« Dianxia. »

« Hé, tu n’as pas besoin de m’appeler comme ça. » Jing Shao tira la main de sa petite Wangfei. En repensant à ce que cet homme avait vécu dans sa vie précédente, il ne put s’empêcher d’adoucir le ton. « On va être partenaires de jeux à l’avenir, alors en privé, tu peux m’appeler San-gege. »

Après un moment de pause, Mu HanZhang éclata de rire : « Mais j’ai un an de plus que vous, Dianxia. »

« Alors, appelle-moi Sanlang. »

« … Outrageux. »

« Comment ça, outrageux? Quand j’ai vu la Wangfei de mon troisième oncle, c’était comme ça qu’elle l’appelait. »

« … »

En réalisant qu’il avait fait une erreur, Jing Shao fut embarrassé un moment, cherchant quoi dire pour se rattraper : « Quoi, tu viens d’arriver aujourd’hui. J’ai peur que tu ne sois pas habitué à l’endroit, alors dors avec moi ce soir. »

Mu HanZhang : « … »

Duo Fu : « … »

Au final, Son Altesse Royale le troisième prince fut poliment rejeté par son partenaire d’étude, et il ne put que soupirer de désespoir, allongé seul dans son lit. C’était leur premier jour ensemble, et sa performance avait été si mauvaise, ça commençait très mal.

   L’auteure a quelque chose à dire :

Tout le texte est déverrouillé, et le bonus de 10 000 caractères a été ajouté. Revenir y écrire après autant d’années, mon choix de mots et de phrases a bien changé, mais j’espère que vous en avez tout de même apprécié la lecture!

Tian Wangzi : Et c’est la fin!

Merci d’avoir suivi cette histoire jusqu’au bout! J’espère que vous l’avez appréciée autant que moi. N’hésitez pas à soutenir l’auteure en langue d’origine, ou encore à parler du projet à des éditeurs anglais ou français pour une traduction officielle. Après tout, les traductions officielles supportent les auteurs!

De mon côté, je me concentre sur mon prochain projet à finir, How to Survive as a Villain – Manhua!

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