Traduction française par Tian Wangzi
« Gege! » Plus il approchait du pavillon, plus Jing Shao était fébrile. Ses pas s’accélérèrent, et il appela son frère avant même d’arriver au bâtiment.
Jing Chen déposa sa tasse de thé et fronça les sourcils. En voyant Jing Shao s’approcher en trottant, il ne put s’empêcher de le réprimander : « Tu es déjà marié, mais tu es encore aussi impatient. Tiens-toi bien! »
Jing Shao s’arrêta en réponse, puis secoua la tête et força un sourire. Il était habitué depuis l’enfance à se faire réprimander par son frère, et quand il l’entendait ainsi avant, il avait envie de prendre la fuite. Maintenant, l’entendre dire « Tiens-toi bien! » lui semblait incomparablement familier, gentil et sincère, et il espérait pouvoir entendre ce genre de réprimandes pour encore bien longtemps. Il entra d’un air insouciant et vit son frère qui le dévisageait d’un air sombre. Il ne put s’empêcher de sourire en s’avançant pour le saluer ainsi que son épouse.
« Shushu[1], » assis à côté, sa belle-sœur, Xiao Shi[2] se leva pour saluer. En voyant que Jing Chen gardait un air froid et ne disait rien, elle sourit et continua : « Nous n’aurions pas dû venir. Nous avons appris que votre femme était malade, et vous n’êtes pas venus en après-midi. Votre frère n’était pas rassuré, alors il m’a menée ici. » Pour les familles ordinaires, le matin était réservé à la salutation formelle aux parents, et en après-midi, c’était la visite au frère aîné et à son épouse. Alors, le fait qu’il se déplace ainsi était un peu dégradant pour leur réputation, mais cela avait aussi du sens.
Jing Shao comprenait naturellement les véritables raisons. Il écouta sa belle-sœur, et leva la tête pour voir les sourcils toujours froncés de son grand-frère, ce qui lui fit chaud au cœur. Il avait vraiment été aveugle dans sa vie précédente. Même si son frère avait une horrible apparence quand il fronçait les sourcils à cause de lui, il n’avait jamais remarqué toutes les choses qu’il avait faites pour lui.
« Ge… » Jing Shao s’avança vers son grand frère et ouvrit la bouche, mais ne prononça qu’un mot.
Jing Chen fut stupéfait et le regarda avec surprise. Depuis que son père avait décrété qu’il épouserait le deuxième fils de Bei WeiHou, ce petit frère qu’il aimait et protégeait tant ne voulait plus l’appeler « gege », l’appelant seulement « second frère impérial », ce qui lui faisait mal. Il n’avait pas espéré le voir à la visite formelle aujourd’hui, mais contre toute attente le domestique du manoir Cheng était venu les excuser. Il s’était permis d’espérer, mais ils n’étaient toujours pas venus en après-midi. Ne pouvant plus rester à attendre, il s’était empressé lui-même, mais il ne s’attendait vraiment pas à une aussi plaisante surprise.
Xiao Shi vit que les deux frères semblaient avoir des choses à discuter, alors elle se leva en souriant : « Je vais rendre visite à WangFei. »
« Saozi[3]… Jun Qing n’est pas encore levé. Restez ici avec mon frère, je vais aller le chercher. » Jing Shao s’empressa d’arrêter XiaoShi.
« Oh, c’est vrai, je suis confuse! » Xiao Shi eut l’air distraite, puis elle serra son mouchoir, rougissant d’embarras. Cheng WangFei était un homme, et même si elle était sa belle-sœur, elle n’avait pas de raisons de le visiter alors qu’il était alité. Par contre, son grand-frère pouvait le visiter dans la chambre intérieure.
Jing Chen lança un regard pensif à sa femme, puis se tourna vers Jing Shao : « Si mon beau-frère est malade, ne le dérange pas. Je vais t’accompagner pour le voir. »
Sur le côté, Duo Fu écouta la conversation et s’empressa d’envoyer une jeune servante avertir WangFei.
Jing Shao mena son frère à la chambre du jardin Est. Il remarqua que Mu HanZhang s’était changé et se reposait sur un fauteuil à l’extérieur, recouvert d’une mince couverture. Ses robes externes étaient lâches et douces, on pouvait voir d’un regard qu’elles étaient suffisantes pour porter à la maison sans être très formelles, même si elles étaient proprement mises. Ces vêtements montraient qu’il était malade, mais qu’il ne souhaitait pas paraître irrespectueux.
En voyant la situation, Jing Chen acquiesça pour lui-même, avant d’arrêter Mu HanZhang qui voulait se lever pour les saluer : « Comment es-tu tombé malade le jour suivant le mariage? » Jing Chen se tourna vers son petit frère. Quand il avait appris que Cheng WangFei était malade aujourd’hui, sa première réaction avait été de se demander ce qu’il s’était passé lorsqu’ils avaient visité le palais impérial dans la matinée.
« C’est… » Jing Shao toussa légèrement en se tapotant le nez, puis il se reprit, il sentait que le regard de son grand frère le brûlait.
Mu HanZhang remarqua l’embarras sur le visage de Jing Shao et ne put s’empêcher un faible sourire : « Grand frère impérial, vous n’avez pas à vous inquiéter. Ce n’était qu’une faible fièvre, elle est déjà tombée grâce aux médicaments. »
« Hmm, oui, la famille de Bei WeiHou est grande, mais leurs vêtements de mariage sont trop fins. » Jing Shao s’empressa d’acquiescer et de suivre, mais il ne réalisa pas que ses mots maladroits ne faisaient que rendre la situation plus suspicieuse. Mu HanZhang ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel.
Jing Chen regarda son petit frère, puis soupira : « Viens avec moi dans le bureau, j’ai à te parler. »
Jing Shao le suivit la tête basse, mais tourna subrepticement la tête une fois arrivée à la porte, et prit une expression misérable en direction de Mu HanZhang.
« Ha ha… » Mu HanZhang fut amusé par son apparence. Il ne pouvait pas imaginer que cet homme habituellement taciturne se changerait en petit enfant devant son grand frère. Il ne put s’empêcher de rire. Cet homme noble et raffiné soudainement illuminé par un rire, il était d’une beauté touchante et indescriptible.
Jing Shao le regarda rire, toujours aussi beau, puis il suivit son frère avec satisfaction pour se faire sermonner dans le bureau.
« Je[4] vous souhaite une bonne santé, Saozi. » Xiao Shi regarda Song LingXin les yeux remplis de surprise, mais ne put s’empêcher de froncer les sourcils. Song LingXin était déjà mariée depuis deux ans, et elle avait le droit de l’appeler « Saozi ». Mais elle était là maintenant en hôtesse du pavillon de thé, portant une robe en brocard rose pâle et une couronne perlée dorée retenue par une épingle, c’était tellement flamboyant!
« Pourquoi tu es là? » Xiao Shi avait encore à l’instant jeté un regard nerveux au second prince, et en voyant Song LingXin, elle était encore plus énervée, alors elle lui posa la question directement sans politesse.
« WangYe et sa Seconde Majesté ont des choses importantes à discuter, je me suis dit qu’il serait ennuyeux pour vous de boire du thé seule. Du thé et des gâteaux ont été servis au petit pavillon de thé, je suis venu spécialement pour vous y inviter, Saozi. » Les mots de Song LingXin étaient délibérément ingénieux et vagues, comme si Jing Shao l’appelait ordinairement.
Xiao Shi réfléchit un moment. En effet, Cheng WangFei était un homme, il ne pouvait pas la divertir, et il n’y avait rien de mal à ce qu’une concubine prenne le thé avec elle. De plus, les deux frères s’étaient déjà absentés depuis un long moment, ils devaient vraiment avoir des choses importantes à discuter. Alors, elle se leva pour suivre Song Shi[5] au jardin ouest.
« Jeune maître, cette servante a entendu dire que l’épouse de Sa Seconde Majesté était partie prendre le thé avec la seconde épouse au petit pavillon de thé, » murmura Lan Ting en reversant du thé à Mu HanZhang.
« Oh? » Couché sur le divan, Mu HanZhang leva la tête de son livre, le regard un peu amusé devant l’apparence nerveuse de la petite servante : « Où as-tu entendu ça? » Lan Ting était intelligente, seulement un peu jeune. Cela faisait peu de temps qu’elle le servait, alors elle était encore timide. Par surprise, elle avait pris l’initiative aujourd’hui de partir en quête d’information, ça méritait naturellement des encouragements.
« En allant au pavillon de thé chercher de l’eau, j’ai entendu Meng Xi en parler. » Lan Ting mordilla sa lèvre inférieure, un peu fâchée. De la manière dont elle parlait, Meng Xi approuvait l’initiative de la seconde épouse, se réjouissant de l’embarras de son jeune maître qui se faisait ignorer.
Mu HanZhang hocha la tête : « Bon travail. » Puis, il se replongea immédiatement dans son livre.
« Jeune maître. » Lan Ting était extrêmement insatisfaite de l’attitude insouciante de son jeune maître. « Vous ne savez même pas tout ce que Meng Xi a dit. »
Mu HanZhang leva la tête avec exaspération et dit d’une voix calme : « Elle a probablement dit : « WangFei n’est marié que depuis deux jours que la seconde épouse prend déjà sa place, on ne sait pas à qui on devra obéir à l’avenir », non? »
Lan Ting écarquilla les yeux, surprise : « Jeune maître, comment le savez-vous? »
Mu HanZhang sourit légèrement en secouant la tête. Cette stupide servante était facile à lire comme un livre ouvert. Il ne voyait pas ce qu’il y avait là de difficile.
« WangFei, WangYe m’envoie vous dire qu’il soupera avec le second prince, vous n’avez pas à l’attendre dans la maison, » Zhi Xi entra pour lui faire le message, laissant la personne transportant les plats les arranger à l’extérieur.
« Je suis au courant. » Mu HanZhang déposa son livre et se mit à table. À cause de la fièvre, il n’avait pas eu d’appétit au midi, mais maintenant il avait plutôt faim.
Zhi Xi se tenait devant la table et tenait les plates. Mu HanZhang prit le bol de riz. En regardant la table pleine de mets délicats, il se dit que c’était bien plus luxueux que chez lui. Et en épousant WangYe, il n’avait pas besoin de bien se tenir devant la mère de son mari tous les jours, puisqu’il n’était pas une femme. Alors, ne pourrait-il pas être heureux?
En repensant au doux sourire de Jing Shao, Mu HanZhang ne put s’empêcher de soupirer. Comme il était né d’une concubine de Bei WeiHou, il n’était certainement pas digne d’épouser Cheng Wang, mais maintenant, il ne savait plus s’il était chanceux ou non, en fin de compte.
« Zhi Xi, y a-t-il une carte du manoir? » Après avoir terminé de manger, Mu HanZhang s’informa en finissant sa tasse de thé.
« En réponse à WangFei, il y a une carte dans le petit bureau, cette servante va aller vous la chercher, » accepta Zhi Xi respectueusement. Le petit bureau se trouvait dans le jardin est, pas loin de la chambre, alors elle revint rapidement avec la carte.
Mu HanZhang était quelque peu surpris que Zhi Xi puisse aller au bureau lui chercher quelque chose. Jing Shao lui permettait donc de pouvoir lire ce qu’il voulait dans le bureau? Il ne pouvait pas croire que cette petite servante irait lui chercher quelque chose ainsi si elle n’avait pas la permission de son maître. Ou peut-être qu’il réfléchissait trop et qu’il n’y avait rien d’important dans ce petit bureau.
Lentement, il ouvrit le rouleau, et le plan détaillé et délicat se révéla, précis et stylisé. L’agencement du manoir était simple. Il était divisé en deux, une partie avant et une arrière, séparés par un jardin qui contenait un pavillon de thé, un bureau, un pavillon plus chaud, un réservoir d’eau, et plusieurs autres pavillons. La cour arrière était divisée entre les jardins est et ouest, l’est était l’endroit où résidait Jing Shao, alors que les concubines résidaient dans le jardin ouest. Puisque Mu HanZhang n’était pas une femme, il ne pouvait pas vivre dans le jardin ouest, alors il devait vivre avec Jing Shao dans le jardin est.
Son regard vagabonda sur le plan avant de s’attarder sur le pavillon de réception XiaoYuan. Ce devait être ce qu’elles appelaient le petit pavillon, situé au centre du jardin ouest. Mu HanZhang referma le rouleau. Il était un homme, et la seconde épouse pouvait aussi recevoir sa belle-sœur, mais si Song Shi avait agi par elle-même et non selon les directives de Jing Shao, alors c’était complètement différent.
« En rapport à WangFei, deux concubines du jardin ouest viennent vous servir le thé, » annonça joyeusement Meng Xi en entrant, observant discrètement la réaction de Mu HanZhang.
« Ah? » En entendant le rapport, Mu HanZhang ne put s’empêcher de froncer légèrement les sourcils. Cheng Wang avait des concubines, il le savait avant leur mariage. Et maintenant, deux concubines venaient lui servir le thé. Alors, c’était uniquement de la bienséance? C’était une démonstration contre lui ou une façon d’étudier la réaction du prince?
Il ricana légèrement aux manigances des femmes, tellement ennuyantes. Il se leva pour se changer, faisant attendre les deux femmes dans le pavillon de réception. Sans se presser, Mu HanZhang se changea en robes bleues ordinaires et ne porta pas non plus de couronne, laissant Lan Ting le coiffer avec un ruban de même couleur. Puis, il fit entrer les deux concubines.
Zhi Xi vit son air concentré, mais ses sourcils tout de même froncés. La seconde épouse n’allait-elle pas accompagner WangYe pour raccompagner les visiteurs? Elle devrait plutôt se présenter à Mu HanZhang. Portant des robes jaunes à l’allure douce et élégante, il y avait la concubine Liu Shi, accompagnée d’une plus humble concubine en robes bleues, délicate, mais intelligente, Li Shi.
L’auteure a quelque chose à dire :
Les titres des princesses et des épouses dans les temps anciens :
Le plus haut rang : Zheng WangFei (abrégé WangFei)
Le second rang : Ce FuRen (abrégé FuRen) (traduit souvent seconde épouse)
Le troisième rang : QieFei (traduit souvent concubine)
Le quatrième rang : WangJi
Le cinquième rang : ShiQie
Le sixième rang : BeiQie
Le titre “DiXu” (petit frère par alliance) vient de « GongJia » de Luo BingLing, mais comme j’aime beaucoup ce titre et que je n’ai rien trouvé de mieux, je l’ai utilisé~ « GongJia » est une grande histoire d’amour, je la recommande à tous~ C’est l’histoire d’un petit dominant marié en tant qu’épouse d’un soumis.
PS : Les femmes dans le jardin arrière sont de la chair à canon, on est déterminé à ce que Jing Shao reste fidèle, promis~
J’ai payé les frais d’Internet ce matin, il ne marchera que plus tard.
[1] Oncle, relatif au jeune frère du père, aussi utilisé comme terme respectueux pour un homme
[2] Shi n’est pas un prénom, plutôt un suffixe indiquant que Xiao est le nom de son clan de jeune fille
[3]嫂子Épouse du frère aîné
[4] 妾 = Un “je”utilisé principalement par les femmes de manière à s’abaisser devant l’interlocuteur
[5] Le Shi ici est le même que Xiao Shi, Song étant le nom de son clan de jeune fille. D’autres personnages féminins auront le même Shi à l’avenir.