Romans, Souillé
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Chapitre 70 – Recommencer à neuf

Traduction anglaise par congeebrain

Traduction française par Tian Wangzi

Quelques gouttes de rosée tombèrent d’un cyprès.

Les manches de Mo Xi flottaient dans le vent alors qu’ils se tenaient sous les arbres de la montagne des Esprits guerriers. Loin dans cette forêt de tombes se tenait une petite silhouette.

C’était la nuit du premier jour, et les étoiles brillaient dans le ciel.

Après la confrontation avec Murong Lian, Gu Mang avait vraiment commencé à se prosterner devant chaque tombe et chaque pierre tombale. Murong Lian voulait clairement l’humilier, mais Gu Mang avait pris cela comme une porte de sortie. Avec l’entêtement des dix meilleurs bœufs, il voulait utiliser cela pour prouver sa nouvelle résolution.

« Tu vas vraiment le faire? »

« Oui. »

« Même si ça ne change rien? »

« Quelque chose changera, » dit Gu Mang. « Au moins, moi, je me sentirai mieux. »

Alors, Murong Lian avait su qu’il avait obtenu ce qu’il voulait, alors que Mo Xi savait que Gu Mang avait pris sa décision et qu’il ne reviendrait pas en arrière.

Au final, Murong Lian avait quitté les lieux, et Mo Xi avait dû partir aussi. Gu Mang se prosterna seul dans le chant des oiseaux du cimetière. Éventuellement, les oiseaux fatigués retournèrent à leur forêt, et le soleil couchant tomba dans le ciel, l’air devenant glacial. Pas un son ne se faisait entendre dans la nuit silencieuse. Il n’y avait que les mouvements de Gu Mang dans la cité des morts, chaque fois qu’il s’agenouillait, chaque fois qu’il se prosternait.

Même plus tard, Mo Xi ne pouvait se réassurer, alors il revint seul au sommet de la montagne des Esprits guerriers. Ce n’était pas convenable pour lui de montrer son visage, alors il resta sous le couvert des arbres, regardant cette silhouette en robes blanches au loin.

Gu Mang s’était agenouillé toute une nuit, et il l’avait regardé de derrière les arbres toute une nuit, jusqu’à l’aube. Des gens venaient pour rendre hommage, alors Mo Xi quitta en silence. Il devait se rendre à la cour; il ne pouvait pas rester constamment à la tombe des héros.

Peut-être que c’était Murong Lian qui avait attisé les flammes, mais l’histoire de Gu Mang qui s’agenouille à la montagne des Esprits guerriers semblait avoir pris son envol. Elle s’était répandue sur toute la cité impériale de Chonghua avant la fin de la matinée.

« Qu’est-ce qu’il manigance, maintenant? »

« On dit qu’il a eu une épiphanie, qu’il a senti qu’il avait fait des erreurs, et qu’il voulait s’excuser maintenant. »

« Est-ce vraiment ce qu’il ressent? Il vaut mieux qu’il ne mente pas. »

« Et si on allait voir? »

Les nobles de haut rang de Chonghua n’avaient pas le temps d’aller se disputer sur la montagne des Esprits guerriers, mais ces personnes ordinaires qui ne font pas grand-chose s’empressèrent vers les tombes des héros comme des moustiques qui ont senti le sang. Ils disaient qu’ils y allaient pour rendre hommage, mais en réalité, c’était pour personnellement prendre part à ce nouveau divertissement.

Ces gens avaient peur d’offenser Xihe-jun, alors ils ne causaient pas directement de problèmes à Gu Mang, mais leurs moqueries n’en étaient pas affectées.

Alors, pendant que Gu Mang s’agenouillait, ils tenaient leurs manches devant leur bouche pour se murmurer les uns aux autres : « Il s’agenouille vraiment proprement. À l’époque, quand il acceptait les clients au pavillon Luo Mei de Wangshu-jun, son attitude n’était pas aussi bonne. Comment est-il devenu aussi obéissant après seulement une demi-année entre les mains de Xihe-jun? »

« Les méthodes de Xihe-jun doivent être efficaces. »

« À mon avis, tout le monde sait que Xihe-jun préfère être convaincu que forcé. Ce M. Gu a probablement compris la personnalité de Xihe-jun et a décidé de prétendre avoir des remords, d’effectuer les mouvements et de tromper tout le monde. »

« Bien sûr! Ce que tu dis a du sens, ah, oui, s’il se sent vraiment aussi coupable, pourquoi ne se suicide-t-il pas, tout simplement? »

« Bien sûr, c’est un menteur! »

Gu Mang fit la sourde oreille à tout ça, marchant lentement dans cette tempête de blâmes et de moqueries. Il rendait hommage à genoux, répétant sans cesse les lignes que Murong Lian lui avait enseignées :

« Ce traître Gu Mang ne peut pas racheter ses crimes même en mourant un millier de fois. »

Il les répétait avec tellement de dévotion, comme si c’était un mantra de renaissance qui pouvait extirper son âme coupable de l’abysse des souffrances mortelles.

Mais il y avait trop de gens qui le détestaient, trop de gens qui le dédaignaient. Il luttait dans cette mer de souffrance, alors que sur les berges, on lui lançait des roches en lui disant : « Retournes-y, va te noyer, ta vie ne mérite que ce genre de fin. »

Contre ce courant, Gu Mang répétait sans cesse ses mouvements de prosternation, se cognant le front des milliers de fois, des dizaines de milliers de fois, contre la pierre dure et froide. Ses pas étaient lourds, son corps tanguait, mais ses yeux brillaient d’une lumière qui le poussait à continuer.

Il courbait l’échine, baissait la tête.

« Ce traître Gu Mang. »

Avec piété, il mettait ses mains ensemble, de la lumière du jour à la noirceur de la nuit.

« Ne peut pas racheter ses crimes même en mourant un millier de fois… »

Au troisième jour, le ciel était couvert d’épais nuages. La pluie tombait sans s’arrêter sur la capitale de Chonghua. Les vêtements de Gu Mang étaient très minces au départ; après être resté agenouillé aussi longtemps dans le vent froid et la pluie glaciale du printemps, son corps n’en pouvait finalement plus. Il se força à grimper une autre marche de pierre, à quatre pattes, s’agenouillant devant la première pierre tombale en jade. Ses lèvres bougeaient, il voulait parler, mais il était incapable de prononcer un son. La pluie coulait sur son visage peiné et exténué.

Il leva la tête, regardant cette plaque dominante et imposante.

« Wangshu-jun le Septième, Murong Xuan, que l’âme vaillante repose éternellement en paix. »

Alors, il était arrivé à la pierre tombale du père de Murong Lian…

Gu Mang regarda ces imposantes lettres dorées, les inscriptions tellement honorables et solennelles, alors qu’il semblait n’être qu’un tas de boue tremblant devant une déité. Ses lèvres bougeaient, le nœud de cette gorge presque muette s’agitait, cherchant à parler : « Ce traître Gu Mang… »

Le tonnerre gronda, comme si le ciel était devenu un tambour géant battant dans le silence.

Gu Mang trembla en levant ses paumes, les joignant ensemble devant son front, puis il ferma les yeux. Il s’agenouilla, se penchant pour se prosterner.

« Ne peut racheter… ses crimes même… en mourrant un milier de fois… »

Le tonnerre déchira le ciel.

Comme s’il avait été éclaté par le son, après s’être agenouillé, Gu Mang ne se releva pas. Trois jours et trois nuits de prosternation, sans dormir ni se reposer, l’avaient enfin poussé à bout, et il tomba inconscient.

En le voyant tomber sous la pluie, recroquevillé devant la tombe de Murong Xuan, les gens qui étaient venus le voir étaient comme des vautours qui avaient senti la chair morte. Ils s’approchèrent immédiatement pour mieux voir. Ils regardèrent ce corps affaibli et détrempé – ils avaient entendu dire que Gu Mang pouvait se déchaîner, et ils n’étaient pas très impulsifs alors qu’il était conscient, ne faisant que murmurer. Mais maintenant que Gu Mang s’était évanoui à cause de l’épuisement extrême, ces personnes avaient gagné du courage.

« Ce chien d’esclave, il a dit qu’il voulait s’excuser pour ses crimes, mais il est tombé si faiblement avant d’avoir terminé. Est-ce qu’il s’est vraiment évanoui ou il fait semblant? »

« Donne-lui un coup de pied, tu verras. »

Certains s’approchèrent vraiment pour donner un coup de pied au visage livide de Gu Mang, et après un moment, en ne voyant toujours aucun mouvement – « Il est vraiment inconscient! »

Les murmures et les bruits s’élevèrent en un instant, comme à l’ouverture d’un barrage.

« Il est sur la montagne des Esprits guerriers pour se prosterner, pas pour faire la sieste! »

« Il devrait être battu! »

C’était intéressant; les gens rassemblés ici n’étaient pas, pour la plupart, des fils de héros ou des descendants des martyrs. Les nobles de haut rang qui avaient vraiment une haine de sang envers Gu Mang ne grimperaient pas intentionnellement la montagne, soufflant et haletant pendant une journée, juste pour regarder cette scène. Ils voulaient voir Gu Mang être exécuté, et s’il ne pouvait pas être exécuté, ils préféraient ne pas voir cette personne qui les dégoutait.

Quant aux personnes qui avaient véritablement des capacités et du pouvoir – comme la princesse Mengze, Jiang Fuli, Yue Juntian ou Murong Chuyi – les nobles ou les sujets puissants de ce niveau avaient encore moins de raisons d’être mélangés à ces histoires.

Qui se ressemble s’assemble; ceux qui venaient ici tout particulièrement pour voir Gu Mang être humilié étaient tous effrontés et déshonorables. La plupart d’entre eux avaient peu de capacité et avaient énormément de temps libre. Gu Mang n’avait clairement aucune dette directe envers eux, mais cette marée de personnes était bien plus agitée que les descendants des martyrs, passionnée par son combat pour la « justice ».

Dans le monde, ceux qui se battent pour la justice peuvent être séparés en deux types :

Le premier type est ceux qui sont véritablement troublés, et ne parlent que lorsque c’est important.

Le second type est ceux qui n’ont rien à faire et cherchent seulement un combat à démarrer.

Le groupe à la montagne des Esprits guerriers était du second type, mais à part ces vauriens qui cherchaient à se battre, il y en avait quelques-uns qui étaient vraiment venus à la montagne pour rendre hommage aux morts, et étaient tombés sur la scène par accident. Alors, dans le chaos, la douce voix d’une enfant, pleurant, retentit enfin alors qu’elle ne pouvait plus le supporter : « Mes tantes, mes oncles, pouvez-vous… pouvez-vous arrêter de le frapper… »

Avant qu’elle puisse finir de parler, elle fut étouffée par une grosse main.

Les gens se retournèrent, ne sachant pas de quelle famille provenait cette fille qui osait parler. Ils étaient un peu paniqués, espérant qu’il ne s’agissait pas d’une demoiselle noble. Mais lorsqu’ils virent de qui il s’agissait, leur panique s’apaisa plus vite que des vagues sur l’eau, se changeant en malice : « Changfeng-jun? Quelle folie a pris votre fille, maintenant? »

Il semblait que l’enfant qui venait de parler était la petite Lan’er.

Elle était venue avec son père rendre hommage au cimetière, ne s’attendant pas à tomber sur ce genre de situation.

Depuis qu’elle était tombée malade, tout le monde se moquait d’elle; personne n’osait jouer avec elle, et personne n’écoutait ce qu’elle disait. À part son Papa, plus personne ne lui avait souri depuis.

Ils ne s’étaient échangé que quelques mots dans le manoir du maître médecin, seule une petite libellule placée sur sa tête, mais c’était la première fois depuis de nombreuses années où elle avait pu être aussi innocente et à l’aise. Maintenant, en voyant Da-gege humilié ainsi, ses larmes coulaient de manière incontrôlable.

Changfeng-jun s’empressa de répondre : « Mes excuses, mes excuses. »

Mais ces gens ne voulaient pas lâcher l’affaire, se moquant : « Votre fille est vraiment un chien sauvage, elle supplie en prenant la défense de ce répugnant déchet. »

« Contrôlez la sale bouche de votre fille. La seule raison pour laquelle elle est encore à l’académie, c’est parce qu’on a pitié de vous et on vous laisse une chance. Si vous ne faites pas attention, tôt ou tard, son cœur désastreux lui sera retiré! »

Et même plus scandaleux : « Changfeng-jun, est-ce que votre fille est sagace à un si jeune âge, et elle s’est éprise de ce chien? »

Quel genre de père normal pourrait-il endurer ce genre de discours sale? Mais Changfeng-jun ne pouvait plus être considéré comme « normal ». C’était un chevreuil blessé devant des prédateurs assoiffés de sang, il avait déjà été poussé au-delà de l’endurance, alors que pouvait-il faire? Peu importe sa colère, même s’il était sur le point de se briser, de trembler, il ne pouvait que réprimer sa rage.

Même si les veines de son cou étaient protubérantes, il ne pouvait que rire avec eux et acquiescer.

Ils avaient raison – la petite Lan’er n’avait plus droit à l’erreur. Son cœur pouvait lui être arraché n’importe quand, et elle serait renvoyée de l’académie.

Changfeng-jun s’inclina pour s’excuser, et s’empressa d’amener au loin sa fille pour la faire sortir de ce dangereux endroit. À l’extérieur du cimetière, dès qu’il relâcha sa fille qu’il étouffait encore, elle éclata en pleurs.

Elle pleura contre son dos, s’étouffant dans ses sanglots : « Papa, qu’est-ce que ce Da-gege a fait de mal… »

Changfeng-jun caressa ses cheveux : « Il a fait un crime capital, le crime de la trahison. Lan’er, fais toujours attention à ce que tu dis. »

« On peut pas lui pardonner? »

« Ce crime est impardonnable, on ne pourra jamais le pardonner. »

Les larmes de Lan’er s’écoulaient comme des perles sur un fil : « Mais… mais… »

Son père l’enlaça alors qu’ils descendaient de la montagne. Sa tête reposait sur l’épaule de son père, regardant Gu Mang et la foule s’éloigner, devenant flous. La petite fille ne savait rien des affaires de la vie et bien sûr, elle ne savait pas que Gu Mang avait perdu ses parents depuis longtemps. Elle sanglota : « Mais… s’il est comme ça… si ses parents le voyaient… ça leur ferait mal… »

Si son papa et sa maman pouvaient voir.

À quel point ça leur ferait mal…

Mais la petite Lan’er ne savait pas que Gu Mang n’avait ni mère ni père. Il avait depuis longtemps perdu toute sa famille, puis il avait perdu ses frères, son armée, sa gloire et sa réputation – à part sa souillure, il ne lui restait rien. Personne n’aurait mal pour lui; il n’y avait que ceux qui se réjouissaient de sa souffrance.

Il n’y avait personne qui se souciait de lui.

Et la seule personne qui pouvait l’accompagner avait depuis longtemps été menottée par le destin et le statut, il avait depuis longtemps perdu la liberté de faire ce qu’il voulait.

——

« Xihe-jun. »

Dans le hall du bureau des affaires militaires, Mo Xi, qui venait de terminer son travail, se préparait à quitter la capitale pour se rendre à la montagne des Esprits guerriers. Ces jours-ci, alors que Gu Mang était au cimetière, Mo Xi s’occupait de ses affaires militaires le plus vite possible, avant de se rendre sous ces arbres pour regarder Gu Mang de loin.

Mais ce jour-là, il fut arrêté par un officier sur place.

« Qu’y a-t-il? »

« Une missive urgente de la frontière est. Sa Majesté vous demande de vous rendre à la salle du trône pour en discuter cette nuit. »

Mo Xi fit une pause alors qu’il ouvrait le col de son uniforme militaire.

L’officier était exceptionnellement intelligent, et il remarqua rapidement la différence : « Xihe-jun, avez-vous d’autres affaires importantes? »

« Quelle est la situation à la frontière est? »

« Le pays Yun est tombé devant la magie démoniaque du Liao et a caché un bon nombre de troupes secrètes. Les trois villages à la frontière est ont été massacrés… »

Les doigts élancés de Mo Xi réajustèrent son uniforme militaire. Il dit : « En rapport à Sa Majesté, lorsque j’aurai terminé d’analyser les documents sur le passé des troupes secrètes, j’irai à la salle du trône pour en discuter. »

« Alors, nous vous attendrons, Xihe-jun. »

Ainsi, cette personne dans la salle du trône resta éveillée toute la nuit, discutant à la lueur des chandelles.

Et cette personne sur la montagne des Esprits guerriers resta inconsciente toute la nuit, sans personne pour s’en soucier.

L’aube du quatrième jour.

Gu Mang se réveilla de sa stupeur.

Il ouvrit ses yeux fatigués; le ciel s’était dégagé. Il reposait dans une flaque d’eau, le ciel bleu distant semblait presque à portée de main. Gu Mang bougea, sentant de nouvelles blessures sur son corps, mais il ne s’en préoccupa pas.

« Mmm… » Il frotta la bosse qui enflait sur sa tête.

Est-ce qu’il s’était cogné en tombant inconscient?

Ou bien c’était à force de se prosterner…

Il ne pouvait en être sûr, alors il arrêta de penser.

Il ne restait qu’une dizaine de rangées de pierres tombales. Il se redressa avec difficulté, prenant un peu d’eau accumulée devant la tombe de Murong Xuan. Il ne se préoccupait pas de la saleté, et il but lentement l’eau. Puis, il réussit à se mettre à quatre pattes pour avancer et se remettre à se prosterner.

Comme le ciel dégagé après la pluie, les cieux étaient brillants; il sentait que ses crimes pouvaient enfin être atténués, juste un peu. Il ne s’arrêta pas – il s’agenouilla devant tous ces esprits dans ses rêves, se prosternant au passé et au présent.

Chaque niveau était une marche de jade.

Chaque plaque était une personne décédée.

Mo Xi arriva un demi-shichen plus tard. Il avait passé la nuit au bureau des affaires militaires, cela devait bien faire 20 shichen qu’il n’avait pas dormi, alors ses yeux étaient rouges. D’autres personnes, ayant passé la nuit à travailler sur des affaires militaires, s’empresseraient de rentrer chez eux pour dormir, mais il semblait possédé par un cauchemar, prenant le déjeuner préparer au bureau des affaires militaires avant de se rendre seul à la montagne des Esprits guerriers.

C’était déjà le quatrième jour – Gu Mang s’était agenouillé pendant quatre jours. Quatre jours et quatre nuits sans repos n’étaient rien pour l’ancien général Gu. Il avait le cœur spirituel le plus fort, bien suffisant pour le garder brûlant et brillant comme une torche.

Mais qu’est-ce qui restait de lui dans le Gu Mang d’aujourd’hui? Qu’un corps endommagé, une âme brisée.

Mais il continuait à l’endurer.

Juste comme ça, Mo Xi le regarda de loin en silence.

La 9 161e plaque… la 9 162e plaque…

Gu Mang s’agenouillait, et il comptait.

Il y était presque.

C’était presque terminé.

À midi, Gu Mang atteint finalement la pierre tombale du père de Mo Xi. Il avait l’air d’un petit mendiant qui s’était roulé dans la boue, complètement détrempé d’eau boueuse. Son visage était sale, son front avait une plaie ouverte, ses genoux étaient depuis longtemps devenus un mélange de chair et de sang, mais ses yeux étaient extraordinairement brillants. Tous ceux qui regardaient ces yeux ne pouvaient douter de sa sincérité ni briser ses espoirs.

Gu Mang, avec attention et précaution, se prosterna trois fois.

Puis, c’était terminé.

Il laissa tomber un souffle et tenta de tituber sur ses pieds, mais puisqu’il était resté agenouillé aussi longtemps, dès qu’il se leva, il retomba——

Mais la douleur qu’il attendait ne vint jamais.

Soudainement, il y eut une brise fraîche. Quelqu’un le soutenait, enlaçant entièrement ce corps couvert de souille. L’odeur de cette personne était très douce, une douceur de miel et de jasmin que Gu Mang reconnut. Même si cette personne faisait tout pour le réprimer, ses mains tremblaient.

Gu Mang tourna la tête pour voir le visage de Mo Xi.

Mo Xi avait enduré tout ce temps, dans l’ombre, dans le tourment, accompagnant Gu Mang alors qu’il attendait la fin de ces excuses. Il avait attendu si longtemps de l’aider à se relever.

Gu Mang regarda Mo Xi, puis il regarda la main qui tenait son bras. Lentement, un sourire presque sans effort apparut sur son visage sale, mais il s’effondra soudainement, de chaudes larmes s’écoulant.

Gu Mang savait que c’était embarrassant, alors il s’essuya le visage sans précaution. Il voulait dire quelque chose, mais après avoir répété « Ce traître Gu Mang ne peut racheter ses crimes même en mourant un millier de fois » autant de fois, il avala sa salive, mais il ne pouvait rien dire d’autre. Il ne pouvait que le regarder, souriant et pleurant.

Il était trop stupide. Son cerveau brisé ne pouvait pas le supporter, mais il sentait l’urgence de s’exprimer. Embrouillé, Gu Mang leva la main et pointa sa propre poitrine.

« Tu… comprends mon cœur, maintenant? Je t’ai pas menti. »

Chaque mot de Gu Mang était prononcé avec maladresse. Il fit de son mieux pour sourire, mais ses larmes coulaient, hors de contrôle.

« J’ai… pas menti. »

« … »

« C’était vrai… cette fois… tout était vrai… »

L’âme de Mo Xi était sur le point de fendre en deux entre son cœur et sa loyauté pour son pays. Au final, il ne put rien dire, aidant silencieusement Gu Mang à s’asseoir sur un banc de pierre près du sommet.

Gu Mang regarda cette forêt de pierres tombales en jade, murmurant : « C’est bien, je me suis agenouillé devant chacune… »

La douce brise soufflait sur le sommet de la montagne.

« Je peux recommencer… »

Chaque mot de Gu Mang était comme des couteaux déchirant le cœur de Mo Xi. Il baissa la tête, sortant une boîte en bambou qu’il déposa sur le banc de pierre. Il avait pris cette boîte dans la cafétéria du bureau des affaires militaires; elle avait été enduite d’énergie spirituelle pour permettre la conservation des saveurs et de la température. Il en sortit la nourriture.

Sans regarder Gu Mang, il dit doucement : « Commence par manger. »

Un congee aux volvaires et à la viande, des gâteaux de riz, du porc braisé bien gras dégoulinant de jus, le tout fondait dans la bouche. Avec de minces tranches de concombres dans de la sauce douce et des petits pains cuits à la vapeur, doux et moelleux.

Mo Xi lui passa les baguettes.

Gu Mang ne les prit pas. Il regarda ses mains poussiéreuses, paniqué, et tenta de les essuyer sur ses vêtements. Mais il avait beau les essuyer, elles restaient sales. Il ne pouvait que rester assis et regarder au loin, les yeux dans le vide.

Mo Xi soupira. Il prit son mouchoir de soie sans aucune tache et y versa un peu d’eau avec un talisman d’invocation de l’eau. Il dit à Gu Mang : « Donne-moi tes mains. »

« C’est sale… »

Mo Xi ne se répéta pas une seconde fois, tirant sur les mains de Gu Mang. Lorsque leurs doigts se touchèrent, il pouvait clairement sentir que les mains de Gu Mang tremblaient dans les siennes.

Mo Xi baissa les yeux et lentement, il nettoya avec soin les mains de Gu Mang.

Au final, les mains propres, le mouchoir de soie était complètement sale.

Mo Xi dit : « Mange. »

Gu Mang regarda la nourriture. Il était vraiment affamé, et il déglutit en disant : « Je peux oublier les baguettes pour le pain et la viande? » Il leva ses mains fraîchement nettoyées pour les montrer à Mo Xi : « Regarde, c’est propre. »

« … » Mo Xi lui lança un regard. Les cicatrices minces et dispersées étaient plus douloureuses à voir sur la peau propre. Il détourna les yeux. « Alors, juste pour cette fois. »

Gu Mang hocha immédiatement la tête et prit une grande bouchée de pain avec appétit.

Clairement, Mo Xi avait passé la nuit sans manger non plus, mais il ne fit que le regarder. Essayant de son mieux de prendre un ton nonchalant, il dit : « Personne ne va te le voler. »

La réponse qu’il reçut ne fut que les pathétiques manières à table trop pressées de Gu Mang, et un bruit inintelligible provenant de cette bouche remplie de pain.

Alors, la voix de Mo Xi s’adoucit un peu, parlant gentiment : « … Mange un peu moins vite. »

La réponse ne fut encore qu’un bruit inintelligible, bloqué par le pain et la viande rôtie. En y repensant, ça faisait déjà un moment depuis la dernière fois qu’ils avaient été seuls ensemble de manière amicale, tous les deux. Pendant un moment, Mo Xi eut même l’envie irrésistible de lui tapoter la tête, comme par le passé, mais en fin de compte, il ne fit que lever la main et la rabaisser sans le toucher.

Ce n’était qu’un petit moment, mais Gu Mang le remarqua. Se trompant sur ses intentions, il se figea un instant. La bouche pleine de pain, il brisa tout de même ce qui restait du pain en deux.

La vapeur s’éleva dans l’air.

Gu Mang se garda la plus petite portion et il lui tendit la plus grosse. Ses joues étaient gonflées, les yeux bleus clairs semblaient avoir été lavés.

« Tu as faim aussi? »

L’auteure a quelque chose à dire :

Bisoubisoubisou! Meat Hansan est de retour!!! J’ai un voyage d’affaires lundi!! Une activité d’échange vraiment très ennuyante, je reviens jeudi!!! Mais j’ai enregistré des brouillons!! Je continuerai à poster selon l’horaire! Ça fait juste un peu mal de brûler mes brouillons == J’espère que j’aurai un peu le temps d’écrire, je pleure!! Je déteste les voyages d’affaires!!

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