Romans, Souillé
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Chapitre 102 – Confiance

Traduction française par Tian Wangzi

C’était vraiment au-delà de ce à quoi ils auraient pu s’attendre, tous les deux. Ils savaient que Chen Tang avait une voie divine, mais il était indiscutablement un homme mortel ordinaire, il n’avait pas transcendé vers l’immortalité.

Ainsi, Gu Mang murmura : « Comment est-ce possible… »

Mo Xi avait les sourcils fermement froncés. Il regarda la sphère lumineuse et secoua la tête : « Commençons par regarder. »

Dans l’image, Chen Tang leva un doigt de la couleur du jade pâle et caressa gentiment le front laineux de Wuyan. Tout en réconfortant la petite démone mourante, il lui transmit un courant d’énergie spirituelle. Au même moment, la scène dans la sphère lumineuse commença à s’éloigner lentement. On pouvait voir qu’ils étaient effectivement sur une île isolée,  mais ce n’était pas l’île des chauves-souris où ils se trouvaient actuellement, c’était plutôt une autre île déserte.

Cette île était très étrange. On ne pouvait pas en déceler le climat, mais tout était fleuri, les arbres portaient leurs fruits, que ce soit les prunes d’hiver, les lotus d’été, les oranges d’automne ou les pêches du printemps. Les fleurs rouges et mauves, brillantes, s’épanouissaient sur l’entièreté de l’île. Au cœur de l’île se trouvait un autel posé sur une grosse pierre, sur lequel ne se trouvait rien d’autre qu’un qin en jade, un guqin à cinq cordes brûlé.

Gu Mang se tourna vers Mo Xi : « Mes souvenirs sont encore incomplets. Cette île, elle est à Chonghua? »

« Non. » Mo Xi étudia attentivement cette île fleurie et dit : « Il n’y a pas d’îles de ce genre dans l’empire de Chonghua. »

Gu Mang se tapota le menton : « C’est étrange, Cheng Tang Jun Zihui est seul, s’il apparaît sur une île qui n’appartient pas à Chonghua… »

Il n’eut pas le temps de finir sa pensée que Wuyan recommença à parler après sa pause. Sa voix flottante était enveloppée de soupirs infinis, à la fois déçue et fâchée, gentille et charmante.

« Peut-être que ma vie n’était pas arrivée à son terme, peut-être que ce qu’on raconte parmi les démons est faux. Cet immortel sur l’île m’a trouvée, mais il ne voulait pas me faire du mal. Au contraire, il m’a ramenée à sa résidence et a soigné mes blessures avec attention. »

Dans la sphère lumineuse, Chen Tang apporta la chauve-souris blessée dans une maison de bois sur les berges de l’île.

Wuyan dit : « Mes blessures étaient graves, et à cause des grands changements qui avaient eu lieu, ma mère, ma sœur, elles étaient toutes mortes dans les affrontements. Je n’avais pas eu le temps de les pleurer alors que je fuyais pour sauver ma vie, mais maintenant que je m’étais posée, mon cœur souffrait énormément, et je pleurais jours et nuits. Heureusement, il y avait l’immortel Da-gege sur l’île pour m’accompagner. Non seulement il n’était pas aussi vicieux que les immortels dont on m’avait parlé depuis mon enfance, mais il me traitait avec douceur, il me consolait, il me réconfortait… Sous ses soins, j’ai lentement enfin repris mes esprits.

« Je me suis reposée un long moment sur cette île. Plus tard, j’ai découvert que l’île pouvait se déplacer, elle ne restait jamais longtemps au même endroit… »

Gu Mang et Mo Xi s’échangèrent un regard. Mais quelle était cette île, en fin de compte? Ils n’avaient jamais entendu parler d’une île aussi fleurie qui se déplace sur les mers.

Wuyan dit : « L’île avait un climat aussi confortable que le printemps en toute saison, et puisqu’elle était la résidence d’un immortel, l’énergie spirituelle de l’herbe et des arbres était très forte. Mais même si la végétation était dense, il y avait peu d’êtres vivants qui savaient parler… parce qu’à part moi, il n’y avait que cet immortel qui m’avait aidé. Il était bon en tout, mais il était aussi très mystérieux, refusant de me dire exactement où se trouvait ce lieu sacré, ou même son nom. Après un long moment passé avec lui, je savais seulement que son nom de famille était Chen. »

Gu Mang murmura : « C’est vraiment Chen Tang? »

« Je n’avais pas le choix que de l’appeler Immortel Chen. » Dans la sphère lumineuse, elle avait retrouvé un peu d’énergie spirituelle, assez pour reprendre forme humaine. Wuyan était donc assise à l’extrémité de l’autel, là où l’herbe est haute et les rossignols chantent. Ses jambes délicates et élancées étaient encore enveloppées dans des bandages, mais elle ne s’en souciait pas, ses yeux brillants alors qu’elle poursuivait la silhouette de Chen Tang du regard.

« L’immortel Chen venait tous les jours à l’autel pour jouer du qin, la musique mélodieuse et agréable. Chaque fois qu’il jouait doucement, au-dessus de l’île flottaient des pétales de haitang comme un mirage. J’ai toujours pensé que c’était une de ses techniques divines, alors je le harcelais pour qu’il m’enseigne. Mais il m’a refusé, disant que les fleurs de haitang qui tombaient sur l’île n’étaient pas de son recours, et si je lui demandais encore pourquoi, il ne faisait que sourire sans rien ajouter.

« Il était si beau quand il souriait. Je le regardais tous les jours, et quand il souriait, je me sentais extrêmement heureuse. C’est comme ça que les journées se sont écoulées. Il soignait mes blessures, et je l’écoutais jouer du qin. Jusqu’à ce qu’un jour… » Wuyan fit une pause. « Je remarque que le monde avait changé à mes yeux.

« Avant, je voyais le ciel, les fleurs, les arbres, et l’immortel Chen. Ils étaient tous beaux, alors je les aimais. Mais un jour, j’ai réalisé que le ciel, les fleurs et les arbres étaient toujours là, mais ils me semblaient ordinaires, comme si leurs couleurs n’étaient rien devant l’immortel Chen.

« Alors, j’ai su, » dit Wuyan. « J’étais amoureuse de lui.

« Il m’a sauvé la vie, il a soigné mes blessures, il a soulagé ma douleur. Il a brisé mes vieux préjugés sur les immortels… » Lorsque la voix divine de Wuyan disait cela, elle était comme celle d’une jeune fille ordinaire, plutôt douce, comme un fruit mûr sur une branche. « Même s’il était mystérieux et qu’il parlait peu, même s’il était un immortel et moi, une démone, je l’aimais. Et j’allais surmonter les difficultés. »

Il y eut un autre moment de silence.

« Cependant, il ne comprenait pas mes pensées. »

Au bout d’un moment, la sphère lumineuse s’assombrit graduellement. Dans la scène, Wuyan se tenait près de l’autel du qin, se couvrant le visage, les larmes roulant entre ses doigts.

De toute évidence, son insistance était forcée, et elle ne pouvait faire l’échange avec l’or de Chen Tang.

La voix de Wuyan retentit, prise de sanglots, bien sûr, disant : « Il était surpris de mes émotions, surpris qu’après quelques mois passés ensemble, je puisse en être amoureuse.

« L’amour, n’est-ce pas un sentiment? Ce peut être un mince filet d’eau, comme ça peut être une chose qui vient en un éclair de réalisation.

« Mais peu importe à quel point je le suppliais, il me refusait sans prétention, me demandant même de quitter cette île immortelle à l’instant où mes blessures seraient guéries.

« Je lui disais que je l’aimais, mais il disait que nous n’allions pas dans la même direction. Je lui ai même dit que je pouvais me cultiver en immortelle pour lui, mais il me dit qu’il n’était pas immortel. » Wuyan fit une pause. « Mensonge.

« S’il n’est pas un immortel, comment fait-il bouger l’île? S’il n’est pas un immortel, comment fait-il pleuvoir les fleurs quand il joue du qin? Je lui ai posé ces questions, mais il n’a rien répondu. Au final, je lui ai demandé simplement s’il me trouvait laide, je lui ai dit que peu importe le genre qu’il aimait, je ferais de gros efforts pour changer. Mais il a simplement dit que tout son cœur était dévoué à la Voie, et qu’il n’entretiendrait pas de relations. »

En l’écoutant, Gu Mang soupira intérieurement.

Les chauves-souris de feu n’étaient pas très intelligentes, et les sentiments des démons sont bien plus forts que ceux des humains, au point d’être presque entièrement déraisonnables. Chen Tang n’avait clairement aucun intérêt pour elle, mais elle était déterminée à en connaître les raisons. On pouvait croire que Chen Tang devait être alors fatigué de son attitude.

Cependant, « Mon cœur est dévoué à la Voie, je n’entretiens pas de relation », c’est la phrase la plus utilisée par les moines pour offrir un rejet. Habituellement, dès que cette phrase était prononcée, peu importe si la personne était une demoiselle obsédée ou un imbécile, il n’y avait rien à répondre. En plus, ce n’était pas une défaite contre un rival amoureux, alors c’était un peu plus facile de l’accepter.

Bien sûr, Wuyan dit : « En entendant cette réponse, même si je ne l’acceptais pas, je ne pouvais rien dire. Est-ce que j’aurais dû l’empêcher de se cultiver? Au final, je ne pouvais que quitter l’île… Mais juste avant mon départ, je voulais encore m’essayer.

« Je lui ai dit : « Puisque tu es un gentilhomme, tu dois agir selon ta parole. Tu me refuses aujourd’hui, tu te dévoues entièrement à la voie sans te soucier des relations, alors tu ne dois pas me mentir. » Il a dit qu’il ne me mentait pas. Alors, je lui ai demandé de le jurer par la promesse du petit doigt, et j’ai utilisé la magie de la tribu des chauves-souris de feu pour lier un fil invisible à son petit doigt. Tant qu’il ne brisait pas sa promesse, ça allait, mais s’il épousait quelqu’un d’autre à l’avenir, j’allais le savoir, et alors… je… je… »

La voix de Wuyan devint confuse.

Elle semblait ne pas savoir ce qu’elle ferait si Chen Tang prenait une épouse.

La scène dans la sphère lumineuse changea encore, revenant sur l’île des chauves-souris de feu.

Wuyan dit : « Par la suite, je suis retourner sur l’île des chauves-souris. Après de grands changements, j’en suis devenue la reine. Mais je pensais encore à lui, et tous les soirs, j’invoquais le fil à mon doigt pour vérifier s’il était toujours là. Je savais alors qu’il tenait sa promesse et qu’il n’avait pas été tenté par une autre. Tout au fond de mon cœur, j’entretenais encore l’espoir. Alors, je suis allée contre ma nature pour me cultiver vers l’immortalité… J’espérais que si un jour, je pouvais le revoir, il allait voir mon cœur, il allait savoir que mon amour n’était pas temporaire. J’espérais qu’il allait alors changer d’avis. Je me suis donc cultivée, et j’ai attendu.

« Jusqu’à ce jour. » La sphère lumineuse s’assombrit. À l’intérieur, Wuyan avait l’air furieuse, terriblement furieuse. « … Jusqu’à ce jour où j’ai réalisé que le fil, il avait été coupé. »

Gu Mang tourna la tête par surprise et demanda à Mo Xi : « Est-ce que Chen Tang s’est marié avant de mourir? »

Mo Xi avait aussi les sourcils froncés. Il regardait la sphère lumineuse, confus, et secoua la tête : « Non. Il ne s’est jamais marié. »

« Alors, avait-il un frère ou une sœur qui lui ressemblait? »

« Non. »

« C’est étrange, » dit Gu Mang. « Selon les annales de Chonghua, il est mort après avoir été martyrisé par le démon. Peu importe comment on le dit, ça ne correspond pas à la version de Wuyan. »

Il fronça plus profondément les sourcils et murmura : « De plus, j’ai toujours pensé que le visage de Chen Tang était bon de manière indescriptible, et que je l’avais déjà vu quelque part. Mais qu’est-ce qui se passe avec lui? »

D’un côté, il y réfléchissait, et de l’autre, la voix de Wuyan dans la sphère lumineuse continua par intermittence,  comme si le tonnerre grondait dans un cumulonimbus, la voix distordue par la colère et la peine jusqu’à en devenir terrifiante…

« Il s’est marié.

« Il a changé d’avis, mais pas pour moi! Pour une personne que je ne connaissais pas du tout! De quoi, ne pas avoir d’attachements… Il m’a trompée!! Il ne pouvait pas accepter que je sois une démone, et lui un immortel! Si c’était une immortelle qui lui correspondait, il hocherait la tête et accepterait! Il m’a menti!! J’aurais voulu me précipiter vers elle et la mettre en pièce, mais je ne savais même pas à quoi ressemblait cette pétasse! Bien sûr que j’étais là la première!! »

La voix enragée de Wuyan se réverbérait à l’oreille des deux hommes, aussi pénétrante que des serres acérées.

« Bien sûr que c’est moi qui l’avais connu en premier! Il m’avait fait une promesse! Il est inconstant en amour, et il n’a pas tenu sa parole!! »

« … » Gu Mang soupira intérieurement. Il avait vraiment raconté avant l’histoire de Chen Shimei[1], que lorsqu’on regarde la vérité, c’est souvent un mensonge. Cette démone du clan des chauves-souris de feu était vraiment trop stupide. Chen Tang n’avait jamais été amoureux avant, et il n’avait pas pu refuser plus tard. C’était elle qui l’avait poussé tout au long. Les sentiments humains sont forts, et arriver la première n’a rien à y voir. Même si Chen Tang lui avait promis qu’il ne se marierait pas, et même s’il avait brisé cette promesse, dire qu’il était « infidèle », c’était un peu fort.

« J’ai quitté l’île à sa recherche, mais dans le vaste monde, j’ignorais où lui et cette pétasse se cachaient. De plus, comme je me cultivais contre ma nature en immortelle, j’avais énormément perdu. J’étais évidemment à la fleur de ma jeunesse, mais mes cheveux étaient déjà blancs, j’étais vieille et faible, et je dépendais de l’élixir raffiné par le sang de la tribu à plume pour maintenir ma jeunesse et mon énergie… Et pourquoi?! »

Dans la sphère lumineuse, Wuyan était déjà devenue une vieille femme amère, semblant prête à avoir une autre crise de colère dans son palais.

La servante tremblait de peur en lui remettant le comprimé Xueling. Elle le prit, et c’était comme si une main invisible raffermissait les plis sur son corps, effaçait ses rides, son visage fatigué reprenant sa jeunesse.

Son parfum pouvait servir de drogue.

Seule son innocence ne pouvait être régénérée.

« Ma mère n’avait pas tort. Les immortels savent détruire les démons, parfois leur propre corps, et parfois même leur propre cœur! Trompeur! Trompeur…

« Je ne comprends pas ces hommes qui ne sont pas de ma race… Je ne veux plus avoir de relations avec ces créatures. »

Après ça, Wuyan est tombée dans une folie maladive. D’un côté, elle croyait que Chen Tang allait changer d’avis, elle espérait presque morbidement que Chen Tang vienne la retrouver. D’un autre côté, elle développait une haine extrême pour les hommes étrangers, les bannissant et scellant toute l’île des chauves-souris. Et si un homme y entrait, elle lui donnait des vers gu, changeait son apparence pour celle de Chen Tang, et jouait avec lui pour apaiser son mal d’amour.

« Ce genre « d’amour », c’est suffisant.

« Je ne répéterai plus les mêmes erreurs… pour toujours… dans la vie ou la mort… je ne l’oublierai jamais, il m’a trompée…

« Il m’a trompée… »

Le son s’affaiblit, comme des vagues sur un lac, faisant écho en cercles avant de s’arrêter.

« Menteur. »

La sphère lumineuse s’éteignit, et le silence s’installa dans la hutte.

Gu Mang se releva, et un rayon de lumière blanche se dispersa dans son esprit… il partageait la conscience de Wuyan, prenant conscience de la situation de la barrière autour de l’île des chauves-souris.

Après avoir fait tout ça, Gu Mang ne dit rien. De son côté, Mo Xi semblait bien trop troublé par l’amour excessif de ce clan de démons. Non seulement il ne disait rien, mais en plus, il leva la main pour pincer le pont de son nez et se masser le front entre ses sourcils.

Mo Xi s’assied sur le tas de foin, sentant poindre une migraine : « …mais qu’est-ce que c’est, tout ça… »

Gu Mang resta silencieux. Au départ, il comptait seulement apprendre les raisons qui motivaient Wuyan, il ne s’attendait pas à ce que ça implique le passé du plus grand gentilhomme de Chonghua.

Alors, il toussa légèrement et dit : « Le clan des chauves-souris, ce sont des bêtes. Quand ils aiment ou détestent, c’est plus ou moins ainsi : Je t’aime, alors je peux faire tous les sacrifices et les changements pour toi. Mais si tu ne m’aimes toujours pas, alors tu n’as pas de cœur. Mais qu’on aime ou non ce genre de chose, c’est difficile de le forcer. Non? »

Mo Xi : « …Hm. »

Gu Mang étudia le profil de Mo Xi, cet air inquiet, et une idée cruelle bourgeonna lentement dans son esprit. Il fit une pause, puis demanda avec intérêt : « Et toi?  As-tu déjà eu des pensées similaires? »

Mo Xi releva la tête, ses yeux noirs légèrement confus : « Quoi? »

Gu Mang regarda ses yeux de petits chiots, à la fois confus et clairs, et il perdit presque l’envie de continuer. Mais en se rappelant du passé qui s’était déroulé dans le miroir temporel, il savait que c’était loin d’être bénéfique pour Mo Xi de se lier avec lui. Alors, depuis leur sortie du miroir, il provoquait Mo Xi de temps à autre, il l’intimidait, il l’aliénait volontairement pour mettre de la distance entre eux.

Alors au final, il se força à se décider, afficha un sourire narquois et leva la main, chatouillant les lignes douces du menton de Mo Xi.

Gu Mang demanda : « Et toi? Tu as ce genre de ressentiment envers moi? »

Il avait dû être confus par le discours de Wuyan, ou bien c’était la question de Gu Mang qui l’avait surpris, mais Mo Xi ne résista pas. Gu Mang le pinça pour lui faire lever la tête et regarder l’homme devant lui avec d’effrayantes palpitations. 

« … »

« Tu n’as pas pensé que peu importe tes sacrifices, il n’y a pas de changements? » Le bout de ses doigts glissa lentement de sa mâchoire bien définie à sa pomme d’Adam qui frémissait, puis à la ligne de son cou, continuant à descendre lentement.

Il s’arrêta enfin sur la poitrine de Mo Xi, sur son côté gauche.

« Ton shixiong, il ne t’aime vraiment pas. »

Les doigts de Gu Mang pointaient directement cet endroit, là où il avait lui-même poignardé Mo Xi. Il y avait un mince sourire sur ses lèvres, mais ses doigts posaient une certaine pression contre cette poitrine.

La blessure était guérie depuis longtemps, mais l’horrible cicatrice restait.

À travers les vêtements, il y avait une légère douleur sous les doigts de Gu Mang.

Gu Mang fit un pas sur le tas de paille et posa son coude sur son genou, se penchant pour regarder intensément Mo Xi qui était assis devant lui. Il ricana : « « Mo-shuai[2], est-ce que tu partages le même ressentiment qu’elle? »

La confusion dans les yeux de Mo Xi se dissipa avec cette phrase.

Gu Mang était évidemment tout sourire, mais Mo Xi était aussi choqué que s’il l’avait giflé violemment. Cette attaque le prit par surprise, et presque instantanément la tristesse se révéla dans ses yeux. Il détourna la tête et se mordit la lèvre, prenant un moment pour se ressaisir. Puis, il se retourna pour regarder intensément Gu Mang.

« Chen Tang n’a jamais dit qu’il aimait Wuyan. »

« Et alors? »

« … Mais toi… » Mo Xi semblait énormément souffrir. « Tu l’as dit. »

« Ah oui? … Alors laisse-moi te le dire, même si tu dois bien le savoir, il ne faut pas prendre au sérieux les mots des hommes qui s’amusent dans le lit. Quand je couchais avec ces femmes avant, je leur disais que je les aimais, que je les adorais, qu’il n’y avait qu’elles. Quand j’étais heureux, je leur disais que j’allais leur décrocher la lune. »

En parlant, il soupira et étira la main pour caresser le dessus des cheveux de Mo Xi : « Regarde, tu es un homme, les petites sœurs dans les bordels savent qu’il ne faut pas y croire, alors comment peux-tu… »

Mais il ne put pas finir sa phrase, puisque la main qu’il avait étirée fut soudainement repoussée par Mo Xi et rudement ouverte.


[1] Chen Shimei est un personnage d’opéra, synonyme d’un homme sans cœur et infidèle.

[2] Littéralement « Beau Mo », un surnom affectueux, ici utilisé pour se moquer

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