La Femme passe en premier, Romans
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Chapitre 59 – Yuncheng

Traduction française par Tian Wangzi

« Comment as-tu su qu’il y avait un problème avec Wang Er? » Après le départ de Jiang Lang, Mu HanZhang s’approcha de Jing Shao pour le questionner. Tout allait bien, alors comment avait-il eu soudainement une raison d’enquêter sur un secrétaire à la comptabilité?

Jing Shao étira la main pour l’enlacer fermement. D’une main, il le serrait à la taille, et de l’autre, il écrivait un rapport à son père l’empereur : « Aujourd’hui, quand j’ai vu son regard évasif, j’ai eu des doutes. » Jing Shao disait n’importe quoi. En fait, il n’avait même pas vu le visage de Wang Er, mais le digne Cheng Wang n’admettrait jamais qu’il avait fait ça pour trouver une raison de mettre à mort l’apprenti qui convoitait sa WangFei!

L’homme dans ses bras portait sur lui une faible odeur de médicament. Au départ, Jing Shao n’aimait pas le parfum de ce médicament, mais sur le corps de sa WangFei, mélangé à son propre souffle, l’odeur lui semblait particulièrement bonne, et il ne put s’empêcher d’enfouir son nez dans ses vêtements pour inspirer profondément.

Chatouillé par ses actions, Mu HanZhang se libéra et s’assit à côté de lui : « Tu vas rapporter à ton père l’empereur les changements du roi du sud-est? »

« Hm. » Jing Shao était bien mécontent de ne pas pouvoir manger le tofu qu’il sentait, et même si sa WangFei était assis à ses côtés, s’il étirait la main dans cet angle, il ne pourrait plus écrire, alors il valait mieux oublier ça. Il s’empressa donc de s’affairer honnêtement à finir d’écrire.

« Mentionne au passage les mérites d’Hao Dadao et l’héroïsme de l’arme de Shu. » Mu HanZhang jeta un œil à ce qu’écrivait Jing Shao et il lui rappela quelques trucs.

« L’armée de Shu? » Jing Shao tourna vers lui un regard rempli de doutes. Les mérites et l’origine de Hao DaDao devaient être mentionnés, il espérait que son père impérial accorde officiellement le titre de grand général à Hao DaDao. Mais l’armée de Shu? Ils n’avaient fait que suivre Hao DaDao au combat, il n’y avait pas de différence entre eux et l’armée de Xiang ou de Qian, alors pourquoi devrait-il le mentionner?

Mu HanZhang sourit : « Ne me dis pas que tu as oublié, WangYe, qu’il y a encore peu de temps, l’armée de Shu se battait à Diancang avec le grand prince contre les barbares du sud. »

L’armée de Shu avait été envoyée pour secourir le grand prince. Après avoir sauvé Jing Rong, ce dernier l’avait envoyée affronter les barbares du sud avec très peu de succès. Maintenant que la bataille du sud-ouest était commencée, l’empereur HongZheng avait transféré l’armée de Shu pour affronter le fief du sud-ouest avec Jing Shao, ne laissant que l’armée du général ZhengDong affectée au grand prince pour tourmenter les barbares.

Jing Shao fronça les sourcils en l’écoutant. S’il vantait l’héroïsme de l’armée de Shu, l’empereur HongZheng jugerait sans doute la différence avec le grand prince qui n’avait eu aucune réussite avec l’armée de Shu.

« Jun Qing… Une chance que tu n’as pas été marié à un autre! » Après un moment de silence, Jing Shao commenta lentement.

Mu HanZhang secoua la tête et dit en soupirant doucement : « Même si je l’avais épousé lui, je ne l’aiderais pas de bon cœur comme ça. » Dans cette vie, si tu me chéris et crois en moi à ce point, ce sera difficile d’aimer une autre personne. Mais il ne dit pas cette dernière phrase, il regarda simplement Jing Shao avec douceur, et en voyant le coin de ses lèvres s’étirer graduellement, il ne put s’empêcher d’étirer la main pour lui pincer la joue.

« Naturellement, personne n’est plus beau que moi dans la famille impériale, » dit fièrement Jing Shao.

Amusé, Mu HanZhang éclata de rire et dit, les lèvres pincées : « Alors, dans la famille impériale, personne n’est plus effronté que toi. »

Les deux hommes argumentèrent en terminant d’écrire le rapport, puis le garde de gauche arriva avec les résultats de l’interrogatoire.

Wang Er n’avait pas été capable d’endurer l’interrogatoire, et il avait rapidement tout avoué. La personne avec qui il correspondait était un petit fonctionnaire de la capitale. Il lui avait donné de l’argent en échange du compte quotidien des rations de l’armée. C’était tout, il n’avait pas à s’occuper du reste.

« Quand a-t-il commencé? » demanda Jing Shao.

« Wang Er a été contacté lorsqu’il est devenu secrétaire à la comptabilité en banlieue de la capitale, mais il n’a donné aucune information à ce moment-là. Il a commencé lorsque nous avons passé la frontière de Shu. » Le garde de gauche répondit en détail. Les interrogations dans l’armée avaient toujours été sous sa responsabilité, et il savait quelles questions il devait poser.

En révélant les quantités des rations quotidiennes, on pouvait deviner le nombre de soldats déployés. Jing Shao fronça les sourcils, ce n’était pas surprenant alors si les cavaliers archers avaient attaqué le campement alors, puisqu’ils savaient que les troupes principales étaient absentes. Les chances de l’assassiner alors étaient immenses.

« Cet officier mineur, » Mu HanZhang nettoya lentement le pèse-papier sur le bureau de Jing Shao, « on peut assumer que c’est le roi du sud-ouest qui l’a placé à Beijing. » Celui qui a commencé à surveiller l’armée dès le départ des troupes devait certainement être le roi du sud-ouest.

« Wang Er ne connait pas le nom de l’homme, et après notre arrivée au sud-ouest, il a été contacté par une autre personne. » Le garde de gauche lui présenta une lettre. « C’est le rapport que Wang Er n’a pas eu le temps d’envoyer aujourd’hui. »

Il n’y avait que des caractères bien écrits, et quelques chiffres. La lettre était bien emballée dans du papier huilé.

Mu HanZhang prit la lettre et l’étudia un moment, puis il prit une feuille de papier et écrivit quelques notes. C’était les mêmes caractères que Wang Er, mais les chiffres étaient trois fois plus grands : « Ce sont ces chiffres si on compte l’armée de Shu. »

Jing Shao prit cette feuille et y jeta un œil, et au bout d’un moment il comprit ce que voulait dire sa WangFei. Il voulait tromper l’ennemi en leur faisant croire que l’armée de Shu était revenue au campement, alors l’armée du sud-ouest ou celle du sud-est en embuscade dans les environs n’oseront pas les attaquer à la légère. Ils lèveront le camp le lendemain, et les chances de tomber sur une embuscade seront alors fortement réduites.

Le garde de gauche regarda la lettre avec surprise. S’il avait au départ préservé la vie de Wang Er, c’était au cas où WangYe voulait l’utiliser pour envoyer de fausses informations, mais il ne s’était pas attendu à ce que le conseiller militaire ait un tel tour dans son sac : « WangYe, que devons-nous faire de Wang Er? »

Jing Shao fronça les sourcils : « Tuez-le, que ça ne soit pas public. » Même s’il aimerait bien mettre à mort en public celui qui convoitait sa WangFei, non, le traître, il devait envoyer les fausses nouvelles sous son nom, alors ça ne devait pas être public.


Alors qu’ils levaient le camp le lendemain, Jing Shao demanda à Jiang Lang d’ajouter une couverture dans le carrosse, craignant que la route ne soit cahoteuse.

Par surprise, ils n’eurent aucun problème à entrer au sud-ouest en passant par la passe Shengjing. On pouvait présumer que la lettre de la veille y était pour quelque chose. L’avant-garde de Hao DaDao était déjà arrivée aux portes de Yuncheng, et l’armée du sud-ouest n’avait pas la force d’affronter l’armée dont le nombre augmentait, alors on pouvait estimer qu’ils s’étaient retirés pour aller chercher de l’aide.

Comme il n’y avait pas d’obstacles sur la route, Jing Shao grimpa dans le carrosse avec le conseiller militaire, alors que Xiao Hei suivait derrière, ennuyé.

Le petit tigre était couché à la fenêtre du carrosse et regardait par la fenêtre, regardant avec curiosité Xiao Hei, incapable de détourner le regard. En voyant que Xiao Hei marchait en faisant un point d’honneur de l’ignorer, il étira sa petite patte griffue vers lui. Xiao Hei jeta un regard en coin au petit tigre à la fenêtre, et il cracha en sa direction.

« Miao~ » Le petit tigre sursauta, il se roula en boule et tomba de la fenêtre, atterrissant sur la douce couverture avec un miaulement aigu.

« Oh, tu peux même apprendre à miauler. » Jing Shao était agréablement surpris, il attrapa Xiao Huang et lui tira les oreilles. « Fais-le encore. »

« Ouaf! » En voyant que Jing Shao était alors insatisfait, il secoua la tête pour l’empêcher de lui tirer les oreilles.

Mu HanZhang sourit en caressant les douces oreilles rondes : « Pourquoi tu ne sors pas? De quoi veux-tu me parler pour rester dans le carrosse? »

« Junshi, ta blessure n’est pas encore guérie, et ce vénérable seigneur aime être bon, alors naturellement, je dois t’accompagner dans le carrosse pour prendre soin de toi, Junshi. » Jing Shao se reposa contre les doux coussins et se pencha sur sa WangFei, parlant comme un chenapan.

« Avec ce genre de comportement, que crois-tu que les hommes vont penser? » Mu HanZhang soupira, impuissant. Le garde de droite avait déjà ouvertement osé lui poser des questions ce jour-là, c’était sans doute parce que Jing Shao avait fait des choses sans le savoir.

« Qu’ils pensent ce qu’ils veulent. » Jing Shao ne s’en souciait pas. Intérieurement, il se disait qu’il devrait dire à tout le monde que le conseiller militaire était sa WangFei, ça serait bien de mettre un terme aux pensées de certaines personnes. Depuis qu’il avait découvert le portrait de Jun Qing sur Wang Er, Jing Shao avait réalisé à quel point sa WangFei était populaire dans l’armée. Si même cet espion pouvait l’admirer, comment pourrait-il être le seul? Soudainement, c’était comme si son trésor avait été découvert par les autres, et il ne savait pas que la perte de son exclusivité sur son trésor lui donnait un tel sentiment de crise.

Mu HanZhang le dévisagea. Il prit le petit tigre dans ses bras et ferma les yeux pour dormir.

Le petit tigre, blotti dans les bras de son maître, s’agita, et il pressa la forme élégante de son menton avec les coussinets de ses pattes, les griffes bien repliées, avant d’y frotter sa petite tête bien ronde.

Chatouillé, Mu HanZhang baissa la tête pour le regarder.

Le petit tigre fit son mignon et se tourna sur le dos pour exposer son ventre au ciel, aboyant doucement à son maître, mais parce que son timbre était trop aigu, le « ouaf » se transforma en « miaou »!

Jing Shao ne pouvait pas le supporter, alors il se pencha pour attraper le petit tigre et le jeter dans un coin du carrosse, pour lui-même se frotter et occuper la position près de Jun Qing.

Devant un comportement aussi puéril, Mu HanZhang ne put s’empêcher de rire doucement. Il étira la main pour caresser le sommet de son crâne : « Si tu ne veux pas sortir, alors dors un peu. Ce sera difficile d’avoir une nuit tranquille une fois arrivés à Yuncheng. »

Jing Shao était extrêmement confortable sous les caresses de cette main chaude et élancée, et il ne put s’empêcher de plisser les yeux. Il enfouit son visage dans le torse de l’homme à ses côtés et enlaça sa taille mince : « Alors, dors avec moi. »

« Si je ne reste pas ici, où pourrais-je aller? » Mu HanZhang sourit et glissa à sa hauteur. Il s’allongea sur le même oreiller que lui, et ils profitèrent d’une sieste tranquille avant la bataille. C’était vraiment une demi-journée de plaisir volé.

Il n’y avait aucun obstacle sur la route, et il y avait aussi peu d’armes et de corps éparpillés, sans doute parce que Hao DaDao s’était battu jusqu’au bout et n’avait pas oublié de nettoyer le champ de bataille. Le rapport disait que Hao DaDao avait traversé la passe des Crocs du Tigre et la seconde passe en un coup fluide, et après avoir rejoint Zhao Meng, il s’était battu sans s’arrêter. L’armée du sud-ouest ne s’était pas attendue à perdre la passe Shengjing en seulement quelques jours, et sous la confusion, elle s’était effondrée en fuyant sur la route.

Le fief du sud-ouest n’était pas très gros, et pas très loin de la passe Shengjing se trouvait sa capitale… Yuncheng.

Lorsqu’ils arrivèrent à proximité de Yuncheng, Hao DaDao avait déjà mené des hommes pour attaquer la ville.

Yuncheng tenait son nom de sa topographie[1] qui donnait l’impression qu’elle était soulevée de terre, bien plus haute que les environs, et remarquable derrière les hautes fortifications, comme si elle avait été construite dans les nuages.

C’était déjà le soir quand l’armée principale rentra au camp, et en la voyant, l’armée personnelle avec Zhao Meng s’empressa pour les accueillir.

En les voyant, Hao Dadao dit aux soldats de se retirer, et il descendit lui aussi de cheval pour aller les accueillir.

« Junshi, Junshi, les trois bourses que tu m’as données ont été trop utiles! C’est vraiment un pouvoir divin, je t’admire, ah! » Zhao Meng ne vit pas WangYe, alors il s’empressa directement au carrosse du conseiller militaire, et se tenant à l’extérieur du carrosse, il s’exclama d’une voix forte.

Mais lorsque le rideau du carrosse s’ouvrit, c’est leur commandant en chef qui en sortit le premier!

Jing Shao avait bien dormi dans le carrosse en enlaçant le corps doux et légèrement parfumé de sa WangFei. Il descendit de carrosse et se délia les jambes avant de se tourner pour aider l’autre homme à descendre. On lui tendit une main lustrée qu’il mena doucement, et sans presse, le conseiller militaire drapé de vêtements blancs comme la neige sortit, portant le petit tigre poilu dans ses bras.

Zhao Meng resta stupéfait un moment, puis il dit en souriant : « Je disais ça parce que je ne vous avais pas vu, WangYe, mais en fait vous étiez caché dans le carrosse de Junshi. »

« Général Zhao, tu sembles bien te porter depuis la dernière fois, » le salua Mu HanZhang.

Craignant qu’il n’ouvre encore sa blessure en descendant du carrosse, Jing Shao prit le petit tigre et le lança à Jiang Lang, puis étira la main pour prendre sa WangFei et le porter doucement au sol.

« WangYe! » Mu HanZhang n’était pas sur ses gardes quand il fut enlacé, et il rougit immédiatement. Devant autant de monde, ça restait embarrassant même si les autres savaient qu’ils étaient mariés, mais en plus aux yeux de ces hommes, il ne s’agissait que d’une relation entre leur commandant en chef et son conseiller militaire, alors un tel geste était vraiment déplacé!

Jing Shao ne changea pas d’expression et le posa doucement au sol.

En les entendant, Zhao Meng oublia immédiatement la situation ambiguë qu’il venait de voir et demanda anxieusement : « Lorsque le campement a été attaqué, Junshi a été blessé? »

Mu HanZhang fit la moue, dévisagea l’homme dont les actions étaient clairement délibérées, puis dit en riant légèrement : « Ce n’est rien, ce n’est qu’une blessure mineure. »

« Ha ha, c’est mineur, moi aussi j’ai récolté pas mal de nouvelles couleurs cette fois. On est des hommes, il faut bien quelques cicatrices pour montrer notre virilité! » Zhao Meng éclata de rire, se préparant à taper l’épaule du conseiller militaire, mais Jing Shao l’en empêcha en attrapant son poignet.

Hao DaDao regarda froidement ces quelques hommes bruyants. Pour cette bataille, WangYe lui avait fait entièrement confiance et l’ingénuité du conseiller militaire l’avait vraiment impressionné, mais ces deux hommes avaient un comportement si ambigu qu’il pouvait difficilement rester là à les regarder. Mais il n’était pas du genre à mettre son nez dans les affaires des autres, et réprimant les émotions dans ses yeux, il s’avança pour les saluer respectueusement.

Jing Shao regarda Hao DaDao qui avait un bon sens des convenances et l’approuva intérieurement. En regardant Zhao Meng dont il tenait toujours le poignet, il ne put s’empêcher de grincer des dents. Il dit à tout le monde de se replacer et de le rejoindre dans la tente centrale. Selon le déroulement de la bataille de la passe Shengjing, il allait remettre les mérites et les démérites.

Hao DaDao avait eu de grandes réussites avec cette bataille, et toute l’armée avait clairement vu sa bravoure et son courage, alors Jing Shao l’avait nommé directement général. À part pour le commandant en chef, il avait le pouvoir sur la vie et la mort, l’assignation et la réaffectation, mais pour avoir un titre officiel de général, il faudra attendre la décision de l’empereur.

Personne n’y voyait d’objection, et Hao DaDao s’agenouilla pour accepter l’uniforme de général.

« Haha, Hao-xiongdi est brave et féroce, il mérite vraiment d’être général! » Zhao Meng avait aussi beaucoup d’admiration pour Hao DaDao, et échangea quelques poings avec enthousiasme avec l’homme qui venait de se relever.

« Ne te réjouis pas trop vite. » Jing Shao regarda froidement Zhao Meng qui était toujours stupidement enthousiaste, « Zhao Meng a été impulsif et a ignoré la situation générale, ce qui a failli causer l’anéantissement total de la cavalerie. Il n’est pas digne du titre de général et est rétrogradé au titre de lieutenant-général. »

En l’écoutant, Zhao Meng s’agenouilla misérablement au sol : « Je reconnais ma culpabilité et accepte ma punition. »

Après avoir remis les récompenses et les punitions pour leurs accomplissements, Jing Shao déploya la carte et commença à discuter du siège avec tout le monde.

« Yuncheng n’a que deux portes, une à l’avant et une à l’arrière, et le lieutenant-général a donné l’ordre de surveiller la porte de derrière pour empêcher que le roi du sud-ouest prenne la fuite. » Hao DaDao pointa la carte : « Seulement la topographie de Yuncheng est trop haute, c’est très difficile de s’approcher de la porte, et comme l’a dit le lieutenant-général, les murs sont très solides. »


« Yuncheng a été fondée à l’établissement du pays, et pour montrer ses faveurs, le grand père fondateur Taizu a utilisé de la soupe de riz avec de la boue pour former les murs, ils sont imbrisables. » En écoutant le rapport, Mu HanZhang se souvint des données historiques, et il ajouta ces faits, les sourcils froncés.

« De la soupe de riz et de la boue! » Zhao Meng était incroyablement surpris. De la soupe de riz rendrait la boue vraiment plus épaisse, comme si les murs de la cité avaient été faits de fer. Ils étaient indestructibles.

« Alors, c’est ainsi. » Hao DaDao hocha la tête, « Junshi est un vrai érudit. »

Jing Shao pinça les lèvres. Il pointa le simple diagramme de Yuncheng, un peu à l’ouest de la porte de derrière : « À un zhang à l’ouest, il n’y a pas de soupe de riz avec de la boue. »

En l’écoutant, tout le monde le regarda avec surprise.

« WangYe, comment savez-vous qu’il n’y a pas de soupe de riz avec de la boue? » ne put s’empêcher de demander Zhao Meng.

Jing Shao lui lança un regard en coin, mais ne répondit pas : « Demain, les soldats attaqueront sur deux fronts. Zhao Meng, tu mèneras l’avant-garde contre la porte principale, et Hao DaDao, tu mèneras les troupes contre la porte arrière. »

« Oui! » La foule accepta les ordres.

Jing Shao s’étira, puis suivit sa WangFei dans la tente du conseiller militaire.

« Tu ne retournes pas à ta tente? » Mu HanZhang s’arrêta pour le regarder.

« Ce seigneur a encore des choses à discuter avec son conseiller militaire, » dit Jing Shao sans changer d’expression.

« Quelles choses? » Mu HanZhang le dévisagea. N’avait-il pas peur que les autres apprennent les ambiguïtés entre eux?

« Ne veux-tu pas savoir ce qui se passe avec le côté ouest de la porte de derrière? » dit Jing Shao en se penchant vers lui avec le sourire.

Mu HanZhang se pencha sur le côté : « Élever un tigre est problématique, et Taizu était un homme militaire sage et intelligent, alors naturellement, il allait laisser une chance à ses descendants. Ce n’est pas étrange que WangYe soit au courant de ce genre de secret impérial. » Puis, il se détourna pour partir.

Jing Shao se gratta la tête. En fait, ce n’était pas un secret impérial. Taizu avait laissé cette chance parce qu’il croyait que le roi du sud-ouest pourrait se rebeller au début de la dynastie. Mais le roi du sud-ouest était resté tranquille, et Taizu avait oublié de mentionner cette faille à ces descendants. Dans sa vie précédente, un des soldats qui tenaient le pilier de bois avait été tué par une flèche, et en tombant, l’attaque du pilier avait été déviée, faisant tomber le mur par pure chance.

Il leva la tête pour regarder le mince filet de lune restant dans le ciel. Dans sa vie précédente, l’attaque de la passe Shengjing lui avait pris plusieurs mois, et maintenant qu’il avait atteint Yuncheng en moins d’un mois, personne ne pouvait partager son enthousiasme, ce qui le faisait se sentir plutôt seul. Alors, il retourna à sa tente pour écrire une lettre à son frère, et une fois les lumières du campement éteintes, il se glissa hors de sa tente pour caresser la porte de la tente de son conseiller militaire.

« Ouaf! » Xiao Huang, qui dormait sur le côté du lit, sursauta soudainement quand l’homme pressa sur sa queue en grimpant dans le lit, et rugit de colère contre Jing Shao, qui en profita pour lui donner une pichenotte sur la tête.

Mu HanZhang soupira, impuissant, et se déplaça au fond du lit pour lui faire de la place. Jing Shao retira immédiatement ses robes externes pour grimper dans le lit.

« Tu ne peux pas dormir dans ta propre tente, pour une fois? » Mu HanZhang regarda l’homme à ses côtés.

« Ce n’est pas sécuritaire de dormir tout seul. » Jing Shao se serra contre ce corps tout chaud. « Qui sait s’il y a d’autres assassins. »

Xiao Huang était très insatisfait de le voir prendre sa place dans le lit. Il tira le col de Jing Shao un long moment, mais il était tout petit et impuissant, il ne pouvait pas le tirer du lit. Au contraire, Jing Shao l’attrapa par la nuque et le tira à leurs pieds. Refusant d’abandonner, Xiao Huang grimpa sur le lit et se lova sur le torse de Jing Shao. Résultat, Jing Shao eut l’impression de se faire écraser par un fantôme, et il se réveilla de nombreuses fois, cette nuit-là.

Le jour suivant, Zhao Meng et Hao DaDao emmenèrent les hommes au combat, et le roi du sud-ouest envoya des hommes pour les affronter. Zhao Meng affronta l’autre général d’égal à égal, et les soldats s’empressèrent sur le champ de bataille. L’armée du sud-ouest protégeait surtout la ville, alors en voyant qu’ils attaquaient la porte, elle se replia rapidement en défense. En faisant rouler de gros rochers du haut des murs, la topographie de Yuncheng était excessivement létale. Zhao Meng n’eut pas le choix, il fit reculer ses hommes.

Hao DaDao n’avait pas la même situation. Sans parler de l’attaque des murs de la ville, juste les approcher posait problème.

Après un jour d’affrontements infructueux, l’armée rentra au camp, puis retourna au combat le lendemain.

« Hé, j’ai entendu dire que WangYe avait encore dormi dans la tente de son conseiller militaire, hier soir, » dit un jeune patrouilleur à un autre, la voix basse.

« Aiyo, depuis la tentative d’assassinat, je jette souvent un œil dans la tente du prince, et WangYe n’y dort jamais, en gros, » dit un autre petit soldat à voix basse.

« Vous racontez n’importe quoi! » Arrivant par-derrière, le garde de droite leur donna une claque.

Les soldats réprimandés baissèrent la tête et n’osèrent pas ajouter un mot, continuant honnêtement leur patrouille.

« Hé, mais qu’est-ce qu’il y a entre WangYe et Junshi, au final? » Zhao Meng, qui était sorti discuter avec le garde de droite, ne put s’empêcher de poser la question en voyant la situation.

« Je ne le sais pas non plus. » Le garde de droite regarda le sol, offensé. Il se souvint de ce que lui avait dit Junshi, mais il ne pouvait s’empêcher d’être en guerre froide avec sa réponse.

« Mais WangYe n’aime pas les hommes, non? Ne s’est-il pas plaint lorsque l’empereur lui a demandé d’épouser un homme, au départ? » demanda Zhao Meng avec curiosité.

Hao DaDao, qui venait leur donner de la viande séchée, ne put s’empêcher de froncer les sourcils en les écoutant : « Tu dis que WangYe est déjà marié, et en plus, avec un homme? »

« Oui, ah, tu ne savais pas? » Zhao Meng ricana, se réjouissant qu’enfin il y avait quelque chose que Hao DaDao ne savait pas. « WangFei est le fils d’une concubine de Bei WeiHou. Il est de naissance noble, et on dit qu’il est plutôt connu parmi les jeunes érudits de la capitale. »

Sa femme était en otage à la capitale, mais WangYe faisait tout de même une telle chose, c’était vraiment…

Hao DaDao déposa la viande séchée et se détourna pour s’éloigner.

Mu HanZhang était assis seul près de la rivière, regardant le petit tigre jouer dans l’herbe avec des insectes. En entendant des pas s’approcher, il crut qu’il s’agissait de Jing Shao, mais il ne vit que Hao DaDao qui s’approchait, l’expression sombre.


[1] Littéralement, Yuncheng s’appelle la « Cité des nuages »

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